« Mais, ajouta-t-il, il est visible que ce n’est pas vous qui avez rédigé cette pétition, hérissée de citations de nos lois. Vous avez été aidée par un homme qui aurait dû vous conseiller de vous en rapporter à l’esprit éclairé des juges et de venir dans cette salle, dire simplement quel était votre cas.

« En écrivant pour vous cet acte, votre homme d’affaires a manqué au respect dû à la justice. Je le condamne à trois mois de prison. »

Voilà qui fait comprendre pourquoi nous n’avons pas de gens de loi, dans l’Empire du Milieu.

J’ai voulu savoir dans quel but on avait inventé, en Europe, toutes ces formalités et toutes ces fonctions, inconnues chez nous : or, voici ce que j’ai appris.

Les huissiers, qui étaient autrefois des serviteurs chargés d’ouvrir la porte aux juges, sont chargés, les uns, de prévenir les gens appelés en justice, les autres, de saisir les biens des condamnés.

Les avoués n’existeraient pas, si les avocats connaissaient suffisamment les lois.

Quant aux notaires, ils conservent les actes et gardent le plus longtemps possible l’argent de leurs clients. Quelquefois même ils le dépensent et, alors, on assiste aux ravages d’une épidémie, nostras en Europe, mais heureusement inconnue chez nous : l’épidémie de fuite des notaires, qui se sauvent après avoir ruiné leur monde.

Pour les avocats, c’est bien autre chose. Il ne leur suffit pas d’avoir passé leurs examens : si Confucius et Mencius avaient étudié le droit à Paris, ils ne pourraient défendre la veuve et l’orphelin, qu’à cette condition : d’avoir un bel appartement, avec de beaux meubles dedans.

Tout cela nous paraît absolument barbare, à nous autres Chinois, habitués à une justice prompte, sans formalités et sans frais. En Europe, cela semble tout naturel.

L’Angleterre nous offre des coutumes plus étranges encore que celles usitées en France. Vous allez vous en convaincre.