Lors de mon passage à Londres, je pus pénétrer dans le local d’une des quatre Compagnies d’Avocats que cette ville a le bonheur de posséder.
Étudiants, avocats et membres du Comité-Directeur de la Compagnie des Avocats, dînent ensemble dans une immense salle. Je trouvai cela très cordial, au premier abord.
Mais je vis bientôt que la salle était divisée en trois parties.
Sur une estrade élevée, mangeaient les membres du Comité-Directeur. Ils avaient de belles robes, de bon vin et d’excellents plats.
Au-dessous d’eux, une seconde estrade recevait les avocats, revêtus de robes moins belles et fournis de vin moins fin et de plats moins recherchés.
Enfin, plus bas encore, dînaient les étudiants, en robe très ordinaire : ils avaient d’assez mauvais vin et des mets très ordinaires.
A-t-on jamais rien vu de pareil, en Chine ? Mais revenons au Palais de Justice de Paris.
Je n’étais pas au bout de mes surprises. Mon compagnon me conduisit à une autre salle, appelée la correctionnelle, où l’on juge de petits crimes.
Il faut que je vous avertisse d’abord de ne pas vous laisser tromper par ces mots : petits crimes. Les crimes, en effet, sont, ici, divisés en grands et petits, d’une façon au moins singulière. Si, par exemple, vous faites un faux billet de banque de cinquante francs, vous commettez un grand crime et l’on vous expédie dans une île lointaine, aux travaux forcés.
Si, au contraire, vous vous procurez adroitement cent millions en ruinant vingt mille familles, vous ne pouvez être condamné à plus de trois ans de prison : car vous n’avez commis qu’un petit crime !