Mais la douleur de la séparation était là présente, déchirante.

J'avais été trop malade pour n'être pas encore bien faible, et voilà peut-être pourquoi jusque-là, la pensée de son indifférence ne m'avait pas causé de douleur violente. Sans doute cette pensée ne me quittait pas, mais ce que j'éprouvais d'ordinaire, c'était plutôt le sentiment du découragement profond, de la misère complète—ce que doit éprouver le malade incurable qui sait qu'en réunissant toutes ses forces, il ne pourra plus que se retourner sur son lit de peine.

Mais pour me décider à rompre avec lui, il m'avait fallu un effort terrible qui m'avait ranimée—et cette étrange émotion que me causa sa voix.

Je savais que je l'entendais pour la dernière fois. Pourtant je restai calme.

J'étais bien au-dessous des larmes, et après qu'il eut cessé de chanter, je me souviens que nous échangeâmes quelques paroles indifférentes sur le vent, sur la pluie qui battait les vitres. Il resta ensuite silencieux à regarder le feu qui brûlait dans la cheminée; je lui trouvais l'air ennuyé. Ah! le coeur si riche d'amour, d'ardente flamme, était bien mort.

J'avais pris l'habitude de l'observer sans cesse, et je voyais parfaitement comme la vie lui apparaissait aride, décolorée. Je voyais tout cela, mais dans mon coeur il n'y avait plus d'amertume contre lui. Jamais il n'avait été pour moi ce qu'il m'était en ce moment. Comme je sentais la profondeur de mon attachement comme je voyais bien ce que la vie me serait sans lui!

Cependant il fallait bien en finir, et d'une main ferme, je tenais cet anneau de la foi qui me brûlait depuis qu'il ne m'aimait plus, et que j'étais bien résolue de le forcer à le reprendre.

Oh! comment ai-je pu survivre à cette heure-là! comment aije pu résister à ses reproches, à ses supplications? il avait si bien l'accent d'autrefois. Un moment, je me crus encore aimée: l'émotion de la surprise avait réchauffé son coeur. «Qu'ai-je donc fait?» sanglotait-il.

Le grand crime contre l'amour, c'est de ne plus le rendre.

Non, il ne m'aimait plus; mais la flamme se ranime un instant avant de s'éteindre tout à fait. Puis il était humilié dans sa loyauté, et n'avait pas ce féroce égoïsme qui rend la plupart des hommes si indifférents au malheur des autres.