«Poussière, tu n'es rien! cendre, tu n'es pas l'être
Que nous avons chéri;
Tu n'es qu'un vêtement dédaigné par son maître,
Et qu'un lambeau flétri.»

Dites-moi, aimer quelqu'un n'est-ce pas mettre sa félicité dans la sienne? Pourquoi le pleurez-vous?

Pauvre enfant! je comprends votre faiblesse. Moi, qui n'étais que son protégé, je ne pouvais m'empêcher de l'admirer et de le chérir.

Vous savez qu'en apprenant le fatal accident, je fis voeu, s'il vivait, de me consacrer aux rudes missions du nord. Et j'aime à vous le dire, ce même soir du 20 septembre, à genoux dans l'église de Valriant, je me plaignais à Dieu qui n'avait pas accepté mon sacrifice.

Je me plaignais et je pleurais, en attendant que l'aurore me permît de commencer la messe que je voulais offrir pour lui mon bienfaiteur.—Alors que se passa-t-il dans mon âme? Quelle lumière céleste m'enveloppa soudain dans cette demi-obscurité du sanctuaire, où quelques jours auparavant j'avais reçu l'onction sacerdotale? Je ne saurais le dire; mais consolé, je fis à Notre-Seigneur le serment solennel d'user ma vie parmi les pauvres sauvages.

Vous me demandez comment je supporte cette terrible vie. La nature souffre; mais à côté des sacrifices il y a les joies de l'apostolat. En arrivant ici, je parlais déjà couramment deux langues sauvages et je fus envoyé chez les Chippeways.

Là, je vous l'avoue, bien des lâches regrets me vinrent assaillir. Mais Notre-Seigneur eut pitié de son indigne prêtre. Il me conduisit auprès d'une jeune malade qui attendait le baptême pour mourir.

Je dis attendait et c'est le mot, car depuis plusieurs semaines, sa vie semblait un miracle; et il n'est pas possible de dire avec quelle facilité cette âme très simple entendit la parole du salut. Bienheureux, oui bienheureux les coeurs purs. Si vous aviez vu l'expression de son visage mourant quand elle aperçut le crucifix!

Je la baptisai avec une de ces joies qui laissent le coeur meurtri. Ô froides allégresses de la chair! ô pauvres bonheurs de la terre, que le prêtre est heureux de vous avoir sacrifiés! Quelles larmes j'ai versées dans cette misérable cabane! Si vous l'aviez vue, comme elle était après sa mort, couchée sur quelques branches de sapin, son front virginal encore humide de l'eau du baptême, et le crucifix entre ses mains jointes!

Je m'assure que cette heureuse prédestinée vous sera une protectrice dans le ciel, car elle me l'a promis et même je lui ai donné votre nom.