Rien n'abat un homme ému comme une plaisanterie. Je me sentis éteint pour la journée. Mais je la regardais et c'est une jouissance à laquelle mes yeux ne savent pas s'habituer.

Si tu l'avais vue, comme elle était dans la vive lumière! Oui, c'est bien la fée de la jeunesse! Oui, elle a tout l'éclat, toute la fraîcheur, tout le charme, tout le rayonnement du matin!

Non, il n'aura pas le coeur de me désespérer! Cette situation n'est plus tenable, et puisque je ne sais pas parler, je vais écrire.

M. de Montbrun m'a longuement parlé de toi. Il trouve que tu as trop de liberté et pas assez de devoirs. Il m'a demandé combien tu comptais d'amoureux par le temps qui court, mais je n'ai pu dire au juste.

D'après lui, l'atmosphère d'adulation où tu vis ne t'est pas bonne. D'après lui encore, tu as l'humeur coquette, et il vaudrait mieux pour toi entrer dans le sérieux de la vie.

Je te répète tout bien exactement. On parle de ma voix en termes obligeants, mais je n'oserais jamais en dire autant en une fois. Réprimander les jeunes filles est un art difficile. Pour s'en tirer à son honneur, il faut avoir la taille de François Ier, et ce charme de manières que tu appelles du montbrunage.

Ma chère Mina, que je suis bien ici! J'aime cette maison isolée et riante qui regarde la mer à travers ses beaux arbres, et sourit à son jardin par-dessus une rangée d'arbustes charmants.

Elle est blanche, ce qui ne se voit guère, car des plantes grimpantes courent partout sur les murs, et sautent hardiment sur le toit. Angéline dit: «Le printemps est bien heureux de m'avoir. J'ai si bien fait, que tout est vert.» Aujourd'hui nous avons fait une très longue promenade. On voulait me faire admirer la baie de Gaspé, me montrer l'endroit où Jacques Cartier prit possession du pays en y plantant la croix. Mais Angéline était là, et je ne sais plus regarder qu'elle. Mina, qu'elle est ravissante! J'ai honte d'être si troublé: cette maison charmante semble faite pour abriter la paix. Que deviendrais-je, mon Dieu, s'il allait refuser? Mais j'espère.

Je t'embrasse, ma petite soeur.

Maurice.