Si j'y connais quelque chose, la tendresse d'Angéline pour son père est sans bornes, mais elle l'aime sans phrase et ne l'embrasse que dans les coins.
Nous menons tous ensemble la vie la plus saine, la plus agréable du monde. Il y a ici un parfum salubre qui finira par me pénétrer.
Vraiment, je ne sais comment je pourrai reprendre la chaîne de mes mondanités. Vous rappelez-vous nos préparatifs pour le bal, alors que se bien mettre était la grande affaire, et que j'aurais tant souhaité avoir une fée pour marraine, comme Cendrillon? Sérieusement, il nous en aurait coûté moins de temps et d'argent pour tirer de misère quelques familles d'honnêtes gens. Je vous assure que je suis bien revenue des grands succès et des petits sentiments. Mais l'amour est une belle chose… Aimer c'est sortir de soi-même. Je vous avoue que je ne puis plus me supporter. Bonsoir.
Mina.
P.S.—C'est la faute d'Angéline et de Maurice. On ne peut les voir ensemble sans extravaguer.
(La même à la même)
Vous rappelez-vous avec quelle sollicitude vous veilliez sur le pied de boules-de-neige qui ornait la cour des Ursulines. Je ne sais pourquoi ce souvenir me revenait tout à l'heure pendant que je me promenais dans le jardin. Je voudrais bien vous y voir. D'ordinaire, j'aime peu les jardins: j'y trouve je ne sais quoi qui me porte à chanter:
J'aime la marguerite
Qui fleurit dans les champs.
Mais celui-ci a un air de paradis. Vraiment, je voudrais passer ma vie. Il y a là des réduits charmants, des berceaux de verdure pleins d'ombre, de fraîcheur, de parfums.
Jamais je n'ai vu tant de fleurs, fleurs au soleil, fleurs à l'ombre, fleurs partout. Et tout le charme du spontané, du naturel. Vous savez mon horreur pour l'aligné, le guindé, le symétrique.