Chère Mina, je suis bien inquiet, bien troublé, bien malheureux. Que dire de M. de Montbrun? Il est venu lui-même me conduire à ma chambre, et m'a laissé avec la plus cordiale poignée de main. J'aurais voulu le retenir, lui dire pourquoi je suis venu, mais j'ai pensé: «Puisque j'ai encore l'espérance, gardons-la.»

J'ai passé la nuit à la fenêtre, mais le temps ne m'a pas duré. Que la campagne est belle! quelle tranquillité! quelle paix profonde! et quelle musique dans ces vagues rumeurs de la nuit!

On a ici des habitudes bien différentes des nôtres. Figure-toi, qu'avant cinq heures M. de Montbrun se promenait dans son jardin.

J'étais à le considérer, lorsque Angéline parut, belle comme le jour, radieuse comme le soleil levant. Elle avait à la main son chapeau de paille, et elle rejoignit son père, qui l'étreignit contre son coeur. Il avait l'air de dire: «Qu'on vienne donc me prendre mon trésor!»

Chère Mina, que ferai-je s'il me refuse? Que puis-je contre lui? Ah! s'il ne s'agissait que de la mériter.

À bientôt, ma petite soeur, je m'en vais me jeter sur mon lit pour paraître avoir dormi.

Je t'embrasse.

Maurice.

(Mina Darville à son frère)

Je me demande pourquoi tu es si triste et si découragé. M. de Montbrun t'a reçu cordialement, que voulais-tu de plus? Pensais-tu qu'il t'attendait avec le notaire et le contrat dressé, pour te dire: «Donnez-vous la peine de signer.»