J'aimais cette petite lampe qui y brûle jour et nuit, en témoignage perpétuel de sa reconnaissance; j'avais même demandé qu'on m'en laissât le soin. Mais passons, et Dieu veuille me laisser toujours les saines jouissances de la vie.
Ici je m'éveille aux rayons du soleil qui dorent ma fenêtre, aux chants des oiseaux qui habitent le jardin, mais je ne me lève de bonne heure que de loin en loin.
Pourtant, j'aime le matin tout frais, tout humide de rosée; mais l'autre, comme disait X. de Maistre, s'accommode si bien d'un bon lit.
Je crains beaucoup de n'être jamais tout à fait comme la femme forte, ni comme Angéline, que Maurice appelle l'Étoile du matin. Il paraît qu'il est toujours le premier debout. Mais le beau mérite, quand on est amoureux, d'aller faire des bouquets dans le plus beau jardin du monde et d'attendre!
Pauvre Maurice! Je suis joliment sûre que tous les oiseaux du ciel chanteraient autour de lui sans l'empêcher de distinguer le petit bruit qu'une certaine fenêtre fait en s'ouvrant. Mais je suis en frais de compromettre l'oreille de la famille.
Figurez-vous que moi, qui aime tant les oiseaux, je ne les reconnais pas toujours à la voix; cela choque Angéline. «Quoi, dit-elle, une musicienne, une Darville, prendre le chant d'une linotte pour le chant d'une fauvette!» Ce n'est pas elle qui commettra pareille erreur.
«Et pourtant, dit-elle, dans ma famille on n'a jamais su que croquer des notes.»
Cela ne l'empêche pas d'aimer la musique et de la sentir à la façon des anges. Elle dit que, selon saint François d'Assise, la musique sera l'un des plaisirs du ciel, et cette pensée me plaît beaucoup. Au fond, je crois que nous avons tous quelque crainte de nous ennuyer durant l'éternité.
C'est aujourd'hui la Saint-Louis. Nous ne l'avons pas oublié. Pauvre France! Angéline dit, comme Eugénie de Guérin, qu'elle filerait volontiers la corde pour pendre la République et les républicains. Pour ma part je n'y verrais pas grand mal, mais je demande grâce pour Victor Hugo, qui a chanté le lis sorti du tombeau. Angéline est plus royaliste que moi; elle me trouve tiède, et Maurice n'ose dire qu'il est bonapartiste.
Laissons les gouvernements passés et futurs. Chère amie, la mer est une grande séductrice. Ici, qu'elle est belle et terrible! qu'elle est douce aussi. Alors, comme elle berce mollement les barges des pauvres pêcheurs. C'est un charme. Et cette magique phosphorescence des flots…