M. de Montbrun a une barge qui s'appelle La Mouette, et si jolie, si gracieuse!

Angéline raffole des promenades sur l'eau.

Vous pensez si Maurice souffrait de n'y point jouer un rôle actif. Il s'est mis aussitôt à l'école des pêcheurs et maintenant il manoeuvre La Mouette, comme s'il n'avait jamais fait autre chose de sa vie. Angéline, qui se mêle de mettre la voile au vent, dit que Maurice fait des noeuds d'amiral.

Ça été un grand triomphe pour lui la première fois qu'il a pris la conduite à bord. Quand il n'y a pas de brise, il rame, ce qui lui permet de faire admirer sa force. Elle n'égale pas encore celle de M. de Montbrun, mais elle n'est pas du tout à mépriser. Et quand tous les deux se mettent à ramer, La Mouette semble voler sur les flots.

Vous pensez si Maurice chante volontiers et sur cette mer rayonnante, sous ce vaste ciel, sa voix incomparable a un charme bien profond. Des étincelles de feu courent dans l'écume du sillage, et le long du rivage. Pour Angéline et Maurice, ces promenades doivent avoir une beauté de rêve. Ceux-là peuvent dire comme Albert de la Ferronnays: «Ce serait un blasphème de penser que Dieu ne nous a pas créés pour le bonheur.»

Bonsoir, chère amie.

Mina.

(Mina Darville à Emma S***)

Nous avons fini nos foins, et je dirais volontiers que je n'y ai pas nui, mais Angéline trouve que je m'en fais bien accroire, que je fais sonner bien haut mes coups de râteaux.

Je voudrais que vous eussiez vu Angéline dans son costume de faneuse. Sans comparaison, je n'étais pas mal non plus, et sans mentir nous avons été bien reçues.