(Mina Darville à Emma S***)

Ma chère Emma, je m'en vais vous conter une petite chose qui m'a laissé un aimable souvenir.

Ces jours derniers, un jeune cultivateur des environs vint demander un bouquet à Mlle de Montbrun pour sa fiancée. Il devait se marier le lendemain. Aussi nous fîmes de notre mieux, et le bouquet se trouva digne d'une reine.

Le brave garçon le regardait avec ravissement et n'osait presque y toucher. Son amour est célèbre par ici, et comme les femmes s'intéressent toujours un peu à ces choses-là, nous le fîmes causer.

Ah, ma chère, celui-là n'est pas un blasé, ni un rêveur non plus, je dois le dire,—car il est le plus rude travailleur de l'endroit,—aussi sous sa naïve parole on sent le plein, comme sous la parole de bien d'autres on sent le creux, le vide.

Angéline l'écoutait avec une curiosité émue et sincère; moi je le faisais parler, et finalement, nous restâmes charmées.

Angéline décida qu'il fallait faire une petite surprise à ces amoureux et le jour des noces, nous fûmes leur porter un joli petit réveillon.

Les mariés n'étaient pas encore arrivés. Je vous avoue que leur maisonnette proprette et close m'intéressa.

Nous avons tout examiné: les moissons qui mûrissent, les arbres fruitiers encore petits, le jardinet qui fleurira. Tout près de la porte, deux vieux peupliers ombragent une source charmante.

Angéline dit que les belles sources et les vieux arbres portent bonheur aux maisons. Celle-ci n'a, à bien dire, que les quatre pans, mais on y sentait ce qui remplace tout. La nappe fut bientôt mise, et le réveillon sorti du panier.