C'était plaisir de voir Angéline s'occuper de ces soins de ménage, dans cette pauvre maison. Elle regardait partout, avec ces beaux yeux grands ouverts que vous connaissez, et me fit remarquer le bois et l'écorce soigneusement disposés dans l'âtre, n'attendant qu'une étincelle pour prendre feu. Je vous avoue que ce petit détail me fit rêver.

Nous sommes revenus en philosophant. Angéline voulait savoir pourquoi dans le monde on attache du mépris à une vie pauvre, simple et frugale. Si vous l'entendiez parler des anciens Romains!

Quant à moi, j'aime ces grands noms sur les lèvres roses; je vois toujours avec respect la pauvre maison d'un colon et pourtant… Aurais-je donc moi, de cette vieille dévotion que vous appelez le culte du veau d'or? Je ne le crois pas, mais certains côtés du faste m'éblouissent toujours un peu.

Pour se soustraire tout à fait à l'esprit du monde, il faut une âme très forte et très noble. Or, les âmes fortes sont rares, et les âmes nobles aussi.

Je vous embrasse.

Mina.

(Mina Darville à Emma S***)

Vous avez raison. Les mignardises de la vie confortable aident beaucoup à former les caractères faibles et ternes,—les types bourgeois comme dirait M. de Montbrun. Pauvres bourgeois J'en aurais long à dire sur le convenu, le flasque, le cotonneux.

M. de Montbrun dit qu'il y a un certain bien-être tout matériel qui lui donne toujours l'envie de vivre au pain et à l'eau. Croyez-moi, ce ne serait pas une raison pour refuser de dîner avec lui.

Ma chère, je tourne visiblement à l'austérité, et je finirai par dire comme Salomon: «Mon Dieu, donnez-moi seulement ce qui est nécessaire pour vivre.»