Je suppose qu'on s'en veut de cette faiblesse involontaire. Puis, on ne me trouve pas une âme de premier ordre, peut-être aussi croit-on, que je ne saurais m'accommoder d'une vie sérieuse, retirée.

Le fait est que je me soucie des plaisirs du monde comme des modes de l'an passé. Pour un rien, je lui proposerais d'aller vivre sur les côtes du Labrador. Nous nous promènerions sur la mousse blanche à travers les brouillards, comme les héros d'Ossian.

Ah! ma chère, j'ai bien des tentations journalières, et je me surprends à faire des oraisons jaculatoires, du genre de celles de Maurice, quand il s'interrompait à tout instant pour dire «Qu'elle est belle! Seigneur, je veux qu'elle m'aime!»

Pauvre Maurice! Voilà son départ bien proche. Je m'en vais retourner avec lui à Québec, où je compte vous retrouver, et ne pas vous laisser plus que votre ombre jusqu'à votre entrée au couvent.

Quand je pense qu'ensuite vous ne viendrez plus jamais chez nous, dans ma chambre où nous étions si bien. Il me semble que le noviciat vous paraîtra sombre, malgré ce beau tableau de saint Louis de Gonzague que je vois d'ici. Ce visage céleste penché sur le crucifix, m'a laissé une de ces impressions que rien n'efface.

Parfois, je pense que ceux-là sont heureux qui sont vraiment à Dieu; ils ne craignent ni de vieillir ni de mourir.

Autour de nous, les feuilles jaunissent à vue d' oeil. Vous savez que je ne puis voir une feuille fanée sans penser à mâle choses tristes. Je l'avoue, ces pauvres feuilles ont déjà bien fait parler d'elles. Mais n'importe, j'aimerai toujours la vieille feuille d'Arnauld qui dit si bien: «je vais où va toute chose.»

Ce sont les premiers vers que j'aie sus, et c'est mon père mourant qui me les a appris. Voilà pourquoi sans doute ils gardent pour moi un charme si touchant, si funèbre.

M. de Montbrun me parle souvent de mon père; mieux que personne il me le fait connaître.

Vous ai-je dit que je passerai l'hiver à Valriant? Vous comprenez que je ne fais pas un grand sacrifice. Maurice parti, je trouverais la maison grande: il est toute ma famille, mais ici j'en ai une autre.