C'est plaisir de voir briller l'anneau des fiançailles sur la belle main d'Angéline. Cet anneau est celui de ma mère. Avant de mourir, elle même le donna à Maurice, pour celle qui serait la compagne de sa vie. Je me demande parfois si elle eût pu jamais la souhaiter aussi virginale, aussi charmante.

Vous dites que je vous ai donné bien des soucis. Ma chère, j'en ai eu aussi beaucoup. Je crois, comme Madame de Staël, qu'une femme, qui meurt sans avoir aimé, a manqué la vie, et, d'autre part, je sentais que je n'aimerais jamais qu'un homme digne de l'être.

Il est vrai que plusieurs aimables «pas grand chose» m'ont voulu persuader qu'il ne tenait qu'à moi de les rendre parfaits, ou peu s'en faut. Mais je trouve triste pour une femme de faire l'éducation de son mari.

J'aime mieux me marier avec un homme accompli. Pourtant, je l'avoue, quelqu'un, qui ne l'était pas, m'a beaucoup intéressée. Je connaissais sa jeunesse orageuse, mais sa mélancolie me touchait. Je pensais à saint Augustin loin de Dieu, à ses glorieuses tristesses. «Chère belle âme tourmentée!» me disais-je souvent. Plus tard, je sus… passons.

Il paraît que Mlles V… s'épuisent encore à dire que je suis foncièrement impertinente, que je traiterai mon mari comme un nègre. Le pauvre homme! N'en avez-vous pas pitié?

Pour moi, j'ai bien envie d'aller regarder quelqu'un qui se promène sur la galerie. Ce pas si régulier, si ferme, me rend toujours un peu nerveuse. Ma chère, It can't be helped, je le crains.

Et faut-il dire que celui-là serait un maître? Mais n'importe. J'aime mieux lui obéir que de commander aux autres. Voilà—et je lui suis reconnaissante de vouloir m'arracher à ces puérilités, à ces futilités, que les hommes d'ordinaire font noblement semblant de nous abandonner, tout en s'en réservant une si belle part.

À bientôt

Mina.

(Maurice Darville à Angéline de Montbrun)