Je vous envoie un brin de réséda arraché à la terre de France. Pauvre France! Ne sommes-nous pas un peu fous de tant l'aimer. Ce bateau qui m'a transporté à Calais me semblait aller bien lentement. Debout, sur le pont, je regardais avec une curiosité ardente, pleine de joie, et lorsque j'aperçus la terre, la terre de France, je vous avoue que tout mon sang frémit.
J'avais les yeux bien obscurcis, mais n'importe, je la reconnaissais, la France de nos ancêtres, la belle, la noble, la généreuse France.
Ah! chère amie, la France, notre France idéale, qu'en a-t-on fait?
Mais, silence!… Il me semble que je vais insulter ma mère.
Prions Dieu que les Canadiens soient fidèles à eux-mêmes, comme
Garneau le souhaitait.
Je m'assure que la Vierge Marie vous écoute quand vous lui parlez de moi.
Moi aussi je vous remets en sa garde. Qu'elle vous bénisse, qu'elle me rende digne de vous.
Je vous aime.
Maurice.
(Mina Darville à son frère)
Je suis à Valriant, mon cher Maurice, et reçue comme si j'apportais le printemps dans mes fourrures. Naturellement il a fallu tout voir et causer à fond: c'est ce qui m'a retardée quelque peu, moi le modèle des correspondantes.