Malgré le soin qu'il prenait pour n'en rien laisser voir, Angéline ne tarda point à sentir le refroidissement. Elle ne l'avait point appréhendé.

Âme très haute, elle n'avait point compris combien la perte de sa beauté l'exposait à être moins aimée.

Sa confiance en Maurice était absolue, mais, une fois éveillée, la cruelle inquiétude ne lui laissa plus de repos. Elle n'en disait rien, mais elle observait Maurice. Il lui était impossible de le bien juger; elle souffrait trop de son changement pour ne pas se l'exagérer, et après de terribles alternatives d'espérance et de doute, elle en vint à la poignante conviction que son fiancé ne l'aimait plus. Elle crut que c'était l'honneur et la pitié qui le retenaient près d'elle. Et sa résolution bientôt prise, fut fermement exécutée.

Malgré les protestations de Maurice Darville, elle lui rendit sa parole avec l'anneau des fiançailles et s'en retourna à Valriant.

Cette noble jeune fille, qui s'isolait dans sa douleur, avec la fière pudeur des âmes délicates, écrivait un peu quelquefois. Ces pages intimes intéresseront peut-être ceux qui ont aimé et souffert.

FEUILLES DÉTACHÉES

7 mai.

Il me tardait d'être à Valriant; mais que l'arrivée m'a été cruelle! que ces huit jours m'ont été terribles! Les souvenirs délicieux autant que les poignants me déchirent le coeur. J'ai comme un saignement en dedans, suffocant, sans issue. Et personne à qui dire les paroles qui soulagent.

M'entendez-vous, mon père, quand je vous parle? Savez-vous que votre pauvre fille revient chez vous se cacher, souffrir et mourir? Dans vos bras, il me semble que j'oublierais mon malheur.

Chère maison qui fut la sienne! où tout me le rappelle, où mon coeur le revoit partout. Mais jamais plus, il ne reviendra dans sa demeure. Mon Dieu, pardonnez-moi. Il faudrait réagir contre le besoin terrible de me plonger, de m'abîmer dans ma tristesse. Cet isolement que j'ai voulu, que je veux encore, comment le supporter?