Ah, si je pouvais l'oublier comme je mépriserais mon coeur! Mais béni soit Dieu! La mort qui m'a pris mon bonheur, m'a laissé tout mon amour.

8 mai.

Je croyais avoir déjà trop souffert pour être capable d'un sentiment de joie. Eh bien! je me trompais.

Ce matin, au lever de l'aurore, les oiseaux ont longtemps et délicieusement chanté, et je les ai écoutés avec un attendrissement inexprimable. Il me semblait que ces voix si tendres et si pures me disaient: Dieu est bon. Espère en lui.

J'ai pleuré, mais ces larmes n'étaient pas amères, et depuis cette heure, je sens en moi-même un apaisement très doux.

Ô mon Dieu, vous ne me laisserez pas seule avec ma douleur, vous qui avez dit: «Je suis près des coeurs troublés.»

10 mai.

Ma tante est partie, et franchement…

La compagnie de cette femme faible n'est pas du tout ce qu'il me faut. Elle est bonne, infatigable dans ses soins; mais sa pitié m'énerve et m'irrite. Il y a dans sa compassion quelque chose qui me fait si douloureusement sentir le malheur d'avoir perdu ma beauté!

Les joies du coeur ne sont plus pour moi, mais je voudrais l'intimité d'une âme forte, qui m'aidât à acquérir la plus grande, la plus difficile des sciences: celle de savoir souffrir.