J'ai tendu la main à l'oiseau, qui après quelques coquetteries, s'y est venu poser. Ce cher petit! je ne l'ai que depuis quelques heures, et ça me ferait de la peine de le perdre. Il est si gentil et chante si bien. N'est-ce pas aimable de la part de ces enfants d'avoir pensé à me faire plaisir?

Ce soir, il m'a pris fantaisie d'aller les remercier. Je les ai trouvés assis sur le seuil de leur petite maison. Marie, jolie et fraîche à faire honte aux roses, enfilait des graines d'actée pour s'en faire des colliers, et Paul la regardait faire.

En la voyant si charmante, je me rappelai ce que j'étais, alors que Maurice m'appelait «La fleur des champs» et une tristesse amère me saisit au coeur.

Rien de plus aimable, de plus touchant à voir, que la mutuelle tendresse de ces deux beaux enfants. «Ils ne peuvent se perdre de vue», dit leur grand-mère, et c'est bien vrai.

Pauvres petits! que deviendra celui des deux qui survivra à l'autre? Une grande affection, c'est le grand bonheur de la vie, mais aux grandes joies les grandes douleurs. Pourtant, même après la séparation sans retour, quel est celui qui, pour moins souffrir consentirait à avoir moins aimé.

Mon père aimait ces vers de Byron: «Rendez-moi la joie avec la douleur: je veux aimer comme j'ai aimé, souffrir comme j'ai souffert».

23 mai.

Je viens de visiter mon jardin, que je n'avais encore qu'entrevu. Ce brave Désir avait l'air tout fier de m'en faire les honneurs. Mais je n'ai pas tardé à voir que quelque chose le fatiguait, et quand j'ai dit: «Désir, qu'est-ce que c'est» il m'a répondu:

—Mademoiselle, c'est votre beau rosier qui sèche sur pied. J'ai bien fait mon possible pourtant!

Puis il m'a donné beaucoup d'explications que je n'ai guère entendues. Je regardais le pauvre arbuste, qui n'a plus, à bien dire, que ses épines, et je pensais au jour où Maurice me l'apporta si vert, si couvert de fleurs.