Que reste-t-il de ces roses entrouvertes? que reste-t-il de ces parfums?
Fanées les illusions de la vie, fanées les fleurs de l'amour!
Pourquoi pleurer? ni les larmes, ni le sang ne les feront revivre.
Pauvre Maurice! Son amour pour moi a bien assombri sa jeunesse. Avec quelle anxiété cruelle, avec quelles mortelles angoisses, il suivait les progrès de ce mal terrible!
Il est vrai qu'avec l'espoir de ma guérison, l'amour s'est éteint dans son coeur. Il n'a pu m'aimer défigurée, et quel homme l'eût fait?
Mon Dieu, où est le temps que je trouvais la vie trop douce et trop belle? Alors j'excitais l'envie. On se demandait pourquoi j'étais si riche, si charmante, si aimée.
Et maintenant, malgré ma fortune, une mendiante refuserait de changer son sort contre le mien. Ah! que mon père eût souffert en me voyant telle que je suis! Dieu soit béni de lui avoir épargné cette terrible épreuve.
(Angéline de Montbrun à Mina Darville)
Chère Mina,
Merci et encore merci de vos si bonnes lettres. J'ai l'air ingrate, mais je ne le suis pas.
À part quelques billets bien courts à ma tante, je n'écris absolument à personne. Il me vient quelques lettres de celles qu'on appelait mes amies. (Pauvre amitié! pauvres amies!) Je vous avoue que, d'un jour à l'autre je crois moins à leur sympathie profonde.