J'ai vécu sans amitié, sans amour. Mon père lui-même, ne savait pas dissimuler la répugnance que je lui inspirais. Mais si, acceptant tous les rebuts, toutes les humiliations, d'un coeur humble et paisible, je les avais déposés aux pieds de Jésus-Christ, avec quelle confiance je dirais aujourd'hui comme le divin Sauveur, la veille de sa mort: J'ai fait ce que vous m'aviez donné à faire, glorifiez-moi maintenant, mon père.

Hélas, j'ai bien mal souffert! Mais autant le ciel est au-dessus de la terre, autant il a affermi sur nous sa miséricorde. J'aime à méditer cette belle parole en regardant le ciel. Oui, j'espère. Ne crains pas, m'a dit Notre-Seigneur, lorsqu'il est venu dans mon âme, ne crains pas; demande-moi pardon de n'avoir pas su souffrir pour l'amour de moi, qui t'ai aimée jusqu'à la mort de la croix. Ah, pourquoi, ne l'ai-je pas aimé? Lui, n'eût pas dédaigné ma tendresse.

Ma chère enfant, j'aurais bien voulu vous voir avant de mourir. Mais on m'a dit qu'un voyage de quelques lieues était beaucoup pour vos forces—qu'il valait mieux vous épargner les émotions pénibles—et je n'ai pas osé vous faire prier de venir.

Pourtant, il me semble que cette visite ne vous eût pas été inutile.
Mieux que personne, je crois comprendre ce que vous souffrez.

Pauvre enfant si éprouvée, ne serait-elle pas pour vous cette parole de l'Imitation: «Jésus-Christ veut posséder seul votre coeur, et y régner comme un roi sur le trône qui est à lui.»

Un auteur, que j'aime, dit que nous pouvons exagérer bien des choses, mais que nous ne pourrons jamais exagérer l'amour de Jésus-Christ. Méditez cette douce et profonde vérité. Pensez à l'incomparable ami. Faites-lui sa place dans votre coeur, et il vous sera ce que jamais père, jamais époux n'a été.

Et maintenant, chère fille de mon bienfaiteur, adieu. Adieu, et courage. Souffrir passe, mais si vous acceptez la volonté divine, avoir souffert ne passera jamais.

À vous pour l'éternité.

Véronique Désileux.

12 juin.