La vue de ces cahiers m'a profondément touchée. J'ai pleuré longtemps. Ô le bienfait des larmes! Parfois, cette divine source tarit absolument. Alors, je demeure plongée dans une morne tristesse. Vainement ensuite, je cherche mes bons sentiments, mes courageuses résolutions. La douleur, cette virile amie, élève et fortifie, mais la tristesse dévaste l'âme. Comment se garantir de cette langueur consumante?
Je ne vis guère dans le présent, et pour ne pas voir l'avenir, qui m'apparaît comme une morne et désolée solitude, je songe au passé tout entier disparu. Ainsi le naufragé, qui n'a que l'espace devant lui, se retourne, et dans sa mortelle détresse, interroge la mer où ne flotte plus une épave.
Oui, tout a disparu. Ô mon Dieu, laissez-moi l'amère volupté des larmes!
3 juillet.
Je ne devrais pas lire les Méditations. Cette voix molle et tendre a trop d'écho dans mon coeur. Je m'enivre de ces dangereuses tristesses, de ces passionnés regrets. Insensée! J'implore la paix et je cherche le trouble. Je suis comme un blessé qui sentirait un âpre plaisir à envenimer ses plaies, à en voir couler le sang.
Où me conduira cette douloureuse effervescence? J'essaie faiblement de me reprendre à l'aspect charmant de la campagne, mais
«Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.»
6 juillet.
Oublier! est-ce un bien? Puis-je le désirer?
Oublier qu'on a porté en soi-même l'éclatante blancheur de son baptême, et la divine beauté de la parfaite innocence.