Oublier la honte insupportable de la première souillure, la salutaire amertume des premiers remords.
Oublier l'âpre et fortifiante saveur du renoncement; les joies profondes, les religieuses terreurs de la foi.
Oublier les aspirations vers l'infini, la douceur bénie des larmes, les rêves délicieux de l'âme virginale, les premiers regards jetés sur l'avenir, ce lointain enchanté qu'illuminait l'amour.
Oublier les joies sacrées du coeur, les déchirements sanglants et les illuminations du sacrifice, les révélations de la douleur.
Oublier les clartés d'en haut; les rayons qui s'échappent de la tombe; les voix qui viennent de la terre, quand ce qu'on aimait le plus y a disparu.
Oublier qu'on a été l'objet d'une incomparable tendresse qu'on a cru à l'immortalité de l'amour.
Oublier que l'enthousiasme a fait battre le coeur; que l'âme s'est émue devant la beauté de la nature; qu'elle s'est attendrie sur la fleur saisie par le froid, sur le nid où tombait la neige, sur le ruisseau qui coulait entre les arbres dépouillés.
Oublier! laisser le passé refermer ses abîmes sur la meilleure partie de soi-même! N'en rien garder! n'en rien retenir! Ceux qu'on a aimés, les voir disparaître de sa pensée comme de sa vie les sentir tomber en poudre dans son coeur!
Non, la consolation n'est pas là!
7 juillet.