Tous les dimanches après les vêpres, Paul et Marie viennent me voir, un peu, je pense, par affection pour moi, et beaucoup par tendresse pour le serin qui leur garde une nuance de préférence dont ils ne sont pas peu fiers.
Ces gentils enfants sont charmants dans leur toilette de première communion. Marie surtout est à croquer avec sa robe blanche, et le joli chapelet bleu qu'elle porte en guise de collier. Paul commence à se faire à la voir si belle, mais les premières fois il avait des éblouissements. Le jour de leur première communion, je les invitai à dîner, et les ayant laissés seuls un instant, je les trouvai qui s'entre-regardaient avec une admiration profonde. Ces aimables enfants m'apportent souvent de la corallorhize pour les corbeilles. Marie conte fort bien leurs petites aventures.
L'autre jour, en allant chercher leur vache, ils s'étaient assis sur une grosse roche pour se reposer, quand une énorme couleuvre allongea sa tête hideuse de dessous la roche.
Marie crut sa dernière heure arrivée et se mit à courir; mais Paul conservant son sang-froid, la fit monter sur une clôture. Puis il marcha résolument vers la grosse roche, et lapida la couleuvre et ses petits. Il y en avait sept. Marie frémit encore en pensant qu'elle s'est trouvée si près d'un nid de couleuvres.
Depuis ce jour-là, son petit frère a pris pour elle les proportions d'un héros. «Il n'a peur de rien», dit-elle avec conviction, et Paul triomphe modestement.
J'aime ces enfants. Leur conversation me laisse quelque chose de frais et de doux. Bien volontiers, je contenterais toutes leurs petites envies, mais je craindrais que leurs visites ne devinssent intéressées; aussi pour l'ordinaire je ne leur donne qu'un peu de vin pour leur grand'mère. Ils s'en vont contents.
20 juillet.
Le jour éclatant m'assombrit étrangement, mais j'aime le demi-jour doré, la clarté tendre et douce du crépuscule.
Malgré la tristesse permanente au fond de mon âme, la beauté de la nature me plonge parfois dans des rêveries délicieuses. Mais il faut toujours finir par rentrer, et alors la sensation de mon isolement me revient avec une force nouvelle. Par moment, j'éprouve un besoin absolument irrésistible de revoir et d'entendre Maurice. Il me faut un effort désespéré pour ne pas lui écrire: Venez.
Et fidèle à sa parole il viendrait…