J'aime à voir le soleil disparaître à travers les grands arbres de la forêt; la voilà déjà qui dépouille sa parure de lumière pour s'envelopper d'ombre. À l'horizon les nuages pâlissent. On dit beau comme un ciel sans nuages, et pourtant, que les nuages sont beaux lorsqu'ils se teignent des feux du soir! Tantôt en admirant ces groupes aux couleurs éclatantes, je songeais à ce que l'amour de Dieu peut faire de nos peines, puisque la lumière en pénétrant de sombres vapeurs, en fait une merveilleuse parure au firmament.

Lorsqu'il fait beau à la tombée de la nuit, je me promène dans mon beau jardin—ce jardin si délicieux, disait Maurice, que les amoureux seuls y devraient entrer.

C'est charmant d'entendre les oiseaux s'appeler dans les arbres. Avant de regagner leurs nids, il y en a qui viennent boire et se baigner au bord du ruisseau. Ce ruisseau, qui tombe de la montagne avec des airs de torrent, coule ici si doux; c'est plaisir de suivre ces gracieux détours. On dirait qu'il ne peut se résoudre à quitter le jardin; j'aime ce faible bruit parmi les fleurs.

«Les images de ma jeunesse
S'élèvent avec cette voix:
Elles m'inondent de tristesse
Et je me souviens d'autrefois.»

13 juillet.

Mon serin s'ennuie; il bat de l'aile contre les vitres.

Pauvre petit! se sentir des ailes et ne pouvoir les déployer Qui ne connaît cette souffrance? Qui ne s'est heurté à des bornes douloureuses? Qui ne connaît le tourment de l'impuissante aspiration?

15 juillet.

J'ai donné la ferme des Aulnets à Marie Desroches et cet acte m'a fait plaisir à signer. Qu'aurais-je fait de cette propriété? Je suis déjà trop riche peut-être, et d'ailleurs si sa mort eût été moins prompte, mon père, j'en suis convaincue, aurait laissé quelque chose à sa jolie filleule qu'il affectionnait. Pour elle, cette ferme, c'est la vieillesse heureuse et paisible de son père, c'est l'avenir assuré. Aussi sa joie est belle à voir.

16 juillet.