—Le monsieur qui a arrêté votre cheval est-il votre cavalier, me dit-elle à l'oreille?

Ma toilette finie, elle me présenta un petit miroir, et me demanda naïvement si je n'étais pas heureuse d'être si belle?—si j'aurais pu supporter le malheur d'être défigurée?

En sortant de la chambre, je trouvai mon père et Maurice. Oh! cette belle lumière qu'il y avait dans leurs regards. Malgré leurs habits dégoûtants d'eau, tous deux avaient l'air de bienheureux.

L'orage avait cessé. La campagne rafraîchie par la pluie resplendissait au soleil. La rosée scintillait sur chaque brin d'herbe, et pendait aux arbres en gouttes brillantes. L'air, délicieux à respirer, nous apportait en bouffées la saine odeur des foins fauchés, et la senteur aromatique des arbres. Jamais la nature ne m'avait paru si belle. Debout à la fenêtre, je regardais émue, éblouie. Ce lointain immense et magnifique, où la mer éblouissante se confondait avec le ciel, m'apparaissait comme l'image de l'avenir.

«Mon Dieu, pensais-je, qu'il fait bon de vivre!»

Assis sur un escabeau à mes pieds, Maurice me regardait, et bien bas, je lui dis: «Merci».

Une flamme de joie passa ardente sur son visage, mais il resta silencieux.

—Voyez donc comme c'est beau, lui dis-je.

Il sourit et répondit dans cette langue italienne qu'il affectionnait:

«Béatrice regardait le ciel, et moi je regardais Béatrice.»