7 août.

Près de la Pointe aux Cèdres, dans un ravin sans ombrage, sans verdure, sans eau, deux jeunes époux sont venus s'établir. Ils ont acheté et réparé, tant bien que mal, une chétive masure qui tombait en ruines, et y vivent heureux. Le bonheur est au dedans de nous, et qui sait si la magie de l'amour ne peut pas rendre, une pauvre cabane aussi agréable que la grotte de Calypso.

Il m'arrive souvent de passer par le ravin. Je porte à ces nouveaux mariés un intérêt dont ils ne se doutent guère. Cet après-midi, je voyais la jeune femme préparer son souper. Quand il fait beau, trois pierres disposées en trépied, auprès de sa porte, lui servent de foyer, et quelques branches sèches suffisent pour cuire le repas. Elle est attrayante, et porte ses cheveux blonds à la suissesse, en lourdes nattes sur le dos. C'est charmant de la voir assise sur une bûche devant son humble feu, et surveillant sa soupe, tout en tricotant activement. Je suppose qu'elle n'a pas d'horloge, car elle interroge souvent le soleil—ô charme de l'attente!—Je me sens plus triste encore quand je la vois. Voudrais-je donc qu'il n'y eût plus d'heureux sur la terre? Heureux! oui ils le sont, car ils ont l'amour et tout est là.

Je leur ai fait dire de venir cueillir des fruits et des fleurs, aussi souvent qu'il leur plaira.

8 août.

Chacun a regagné son lit, excepté ma bonne vieille Monique, qui s'obstine à croire que j'ai besoin de soins, et fait la sourde oreille quand je l'envoie se coucher. Mais elle ne fait pas plus de bruit qu'une ombre. Autour de moi tout est tranquille. Le parfum des grèves—ce parfum que Maurice aimant tant—m'arrive pénétrant et âpre. Là-bas, sur les ondes argentées, on voit courir des étincelles de feu. Mais la mer est calme, étrangement calme, et je n'entends rien que le murmure du ruisseau, à travers le jardin, et par-ci par-là, le bruissement des feuilles au passage de la brise.

Qui n'a senti ses yeux se mouiller devant le calme profond de la campagne à demi plongée dans l'ombre? qui n'a prêté une oreille charmée à ces divins silences, à ces vagues et flottantes rumeurs de la nuit?

Mon Dieu, j'aurais besoin d'oublier combien la terre est belle

Le jour distrait toujours un peu, mais la nuit, l'âme s'ouvre tout entière à la rêverie et quand le coeur est troublé, l'imagination répand partout, avec ses flammes des flots de tristesse. Vainement j'essaie de regarder le ciel. Il faut des eaux calmes pour en refléter la beauté et mon âme

«N'est plus qu'une onde obscure où le sable a monté.»