Comment un rival a-t-il pu m'enlever ce bonheur que tu me promettois, et dont j'étois sur le point de jouir?

Encore! allons, marche; tu en mangeras mieux ce soir.

Malheureux que je suis! banni de ma patrie, éloigné de mes amis, séparé de toi, fatigué, harassé…

Un peu plus vîte donc, kt, kt, kt…

A quel état suis-je réduit! je n'ai maintenant pour toutes choses que deux chemises, une paire de souliers qui ne sont pas trop bons, et ma culotte de satin cramoisi… O ma Julie! et je vais à Francfort! pourquoi plutôt là qu'ailleurs… Ah! sans doute qu'une main invisible me conduit dans tous ces détours.

Holà donc, holà! tu buttes? Par Saint-Nicolas! si tu ne vas que de ce train, nous ferons bien quatorze lieues en quinze jours. Allons, ma mie, allons.

Y aura-t-il donc enfin quelque bonheur pour moi? cesserai-je d'être le jouet de la fortune et de la calomnie. Chassé par l'un, accusé par l'autre… Mais pourquoi ne suis-je pas resté à Strasbourg? la justice… ô Julie!…

Mais que diable as-tu donc à dresser ainsi les oreilles? eh! va, ce n'est qu'un homme qui passe.

Voilà comme l'étranger s'entretenoit, chemin faisant avec sa mule, sa Julie et lui-même. Il aperçut une auberge, et mit pied à terre. Ayez soin de ma mule, dit-il au garçon, et que l'on me donne une chambre et à souper. Le voyageur soupa et se mit au lit à dix heures précises; à dix heures quatre minutes il ronfloit d'importance.

Quelle différence à Strasbourg! ce ne fut qu'à minuit que le calme avoit succédé au tumulte excité par l'apparition de l'étranger. Mais quel calme! on étoit couché et l'on ne dormoit pas. L'abbesse de Quedleimbergh qui étoit venue à Strasbourg avec les quatre grandes dignitaires de son chapitre, la doyenne, la prieure, la chevecière et la première chanoinesse, pour consulter l'université sur un cas de conscience relatif à la fente de leurs jupes, passa la nuit fort mal à son aise.