P. S. Rappelle-toi que l'espérance abrége et adoucit toutes les peines… Ainsi, tous les matins, à ton lever, chante, je t'en prie, chante avec la ferveur dont tu chanterois une hymne, mon Ode à l'Espérance, et tu t'asseyeras à la table de ton déjeûner avec moins de tristesse.

Que le bonheur, le repos et Hygée te suivent dans ton voyage! puisses-tu revenir bientôt avec la paix et l'abondance, pour éclairer les ténèbres dans lesquelles je vais passer mes jours! je suis le dernier à déplorer ta perte; que je sois le premier à te féliciter sur ton retour!

Porte-toi bien!

Fin des Lettres à Eliza.

SERMONS
CHOISIS.

PRÉFACE.

Ces Sermons sont sortis tout brûlans de mon cœur; je voudrois que ce fût là un titre pour pouvoir les offrir au sien… Les autres sont sortis de ma tête, et je suis plus indifférent sur leur réception. C'est ainsi que Sterne caractérise lui-même ses sermons dans sa première lettre à Eliza, et leur lecture confirme l'idée qu'il en donne. On ne voit plus en effet ici l'auteur de Tristram Shandy enjamber son dada, galoper fantastiquement d'une idée à l'autre, et parcourant un horison qu'il se plaît à reculer, se dérober à la vue du lecteur qu'il aime à tromper. C'est un philosophe chrétien qui médite les écritures, et qui en extrait avec finesse une doctrine pure, autant amie de la religion que de l'humanité. Tout y respire la paix, la piété et la philantropie.

Si son imagination trop vive pour être long-temps modérée, s'échappe et se livre à quelques saillies étrangères à la dignité de la chaire, son cœur sensible vole aussitôt après elle pour la réprimer, la ramener, et tempérer cette gaieté par l'onction de sa morale. Mes sermons, disoit-il, sont des housards qui frappent lestement un coup à droite et à gauche; mais on les verra toujours être les auxiliaires de la vertu. Cette plaisanterie sentie, définit l'ouvrage; elle seule eût dû servir de préface.

On ne donne que seize sermons parmi les quarante-quatre imprimés en Angleterre; on ne pouvoit faire un choix plus étendu sans tomber dans le défaut si souvent reproché aux éditeurs, d'accumuler indifféremment tous les ouvrages d'un écrivain, et d'étouffer son génie sous un amas qu'il désavoueroit s'il vivoit. Ces sermons furent écrits sans prétention pour instruire les paroissiens confiés aux soins de Sterne. La célébrité qu'il acquit dans la suite excita le zèle intéressé de ses imprimeurs, et servit de passe-port à tout ce qu'ils s'empressèrent de ramasser, pour profiter de l'instant de faveur attachée à un nom connu. Le traducteur doit être plus sobre que les éditeurs.