Quittons cette scène agréable, et que je vous conduise pour un moment à un spectacle plus propre à vos méditations. Allons à la maison de deuil; elle n'est devenue telle qu'à la suite des événemens malheureux auxquels notre condition est exposée.
Là, peut-être, des parens âgés sont tristement assis, le cœur percé de mille douleurs, nourrissant leur chagrin des folies d'un enfant ingrat, d'un fils de leurs prières, dans lequel ils avoient concentré toutes leurs espérances. Peut-être est-ce une scène encore plus douloureuse, une famille vertueuse languissant dans le besoin. Son chef infortuné s'est long-temps débattu avec le malheur. Il vient de succomber; un orage que la prudence et la frugalité n'ont pu prévoir vient de le jeter par terre. Grand Dieu! vois son affliction. Considère-le déchiré par la douleur, entouré des gages tendres de l'amour conjugal et de la compagne de ses infortunes, sans avoir du pain à leur donner, incapable, par le souvenir de ses beaux jours, de le gagner en bêchant la terre, honteux de le mendier.
Quand nous entrons dans une maison pareille, il est impossible d'insulter aux malheureux qui l'habitent par un regard même équivoque. Quelque légéreté dont notre esprit soit capable, de pareils objets captivent nos yeux, ils captivent notre attention, rappellent nos pensées errantes et dispersées, et les exercent à la sagesse. Avec quelle vivacité notre esprit frappé de ce spectacle se met tout de suite à l'ouvrage! comme il s'engage dans la considération des misères et des calamités auxquelles la vie de l'homme est exposée! ce miroir élevé devant lui le force à réfléchir sur la vanité, l'incertitude et l'état périssable des choses humaines. Comme cette première saillie de la réflexion peut conduire plus loin ses pensées! comme il doit appesantir ses méditations sur notre être, sur le monde que nous habitons, les malheurs qui nous y poursuivent, le sort qui nous attend dans l'autre, les horreurs dont nous y sommes menacés, et sur ce que nous devons faire pour nous en préserver, tandis que nous en avons le temps et l'occasion.
Si ces leçons sont inséparables de la maison de deuil, telle que je viens de la peindre, nous trouvons une école encore plus instructive dans celle que le texte sacré veut nous représenter; c'est le spectacle affligeant du deuil et des lamentations que la mort occasionne.
Tournez un instant les yeux de ce côté. Voyez un cadavre prêt à être inhumé. C'est le fils unique de cette mère éplorée, et sa veuve est ici. La scène est peut-être encore plus attendrissante. C'est le bon et tendre père d'une famille nombreuse, qui est couché là sans vie. Il a été moissonné à la fleur de ses ans, et arraché par la main décharnée de la mort des bras de ses enfans, et du sein de sa femme inconsolable.
Voyez ces personnes assemblées pour mêler leurs larmes; la douleur est empreinte dans leurs yeux. Elles vont pesamment, au son de la cloche funèbre, vers la maison de deuil, pour rendre à leur ami le dernier devoir que nous nous rendons, quand la nature a exigé sa dette.
Si la triste cérémonie qui vous y conduit ne vous a pas encore émus, prenez garde, et considérez les pensées mélancoliques et religieuses qui vous affectent, lorsque vous posez le pied sur ce seuil de douleur. Les esprits légers et joyeux qui dans la maison de fête vous avoient transportés d'un objet à l'autre, tombent et reposent en paix. Dans cette demeure ténébreuse, habitée par la tristesse et les ombres, l'esprit qui n'avoit jamais su réfléchir devient tout-à-coup pensif. Le cœur s'amollit, il s'emplit d'idées religieuses, il s'imprégne en silence de l'amour de la vertu. Ah! si dans cette crise, tandis qu'il est dans l'extase de la contemplation, nous pouvions le voir ce cœur exempt de passions, méprisant le monde, insouciant de ses plaisirs, il ne nous en faudroit pas davantage pour établir la vérité de notre texte, et en appeler à l'épicurien le plus sensuel, en faveur de la préférence que donne Salomon à la maison de deuil: tant elle est préférable, non pas pour elle-même, mais pour les fruits qu'elle procure, et les bonnes actions qu'elle occasionne. Sans ce but, la tristesse, je l'avoue, ne serviroit qu'à abréger la vie de l'homme, et la gravité avec la solemnité de son port austère, ne peut qu'en imposer à la moitié du monde, et faire rire l'autre. Le Dieu de merci nous veuille bénir. Amen.
LE PROPHÈTE ELIZÉE ET LA VEUVE DE SAREPTE.
SERMON III.
«Le baril de farine ne se désemplira pas, et la cruche d'huile ne tarira point, selon les paroles de notre Dieu, prononcées par la bouche du prophète Elisée.» Rois XVII. 16.