«En vérité je vous dis que cet homme retourne dans sa maison plus justifié que l'autre.» Saint-Luc XVIII. 14.

Ces paroles sont le jugement que notre Seigneur porta sur la conduite et le degré de mérite de deux hommes, le pharisien et le publicain. Il les représente dans cette parabole entrant dans le temple pour prier. La manière dont ils s'acquittent de ce devoir solennel doit être considérée dans la prière même qu'ils adressent à Dieu.

Le pharisien, au lieu de s'humilier devant la majesté vénérable de ce Dieu tout-puissant, le remercie d'un air de triomphe et de suffisance, de ce qu'il ne l'a pas créé semblable aux autres, tortionnaire, adultère, injuste comme ce publicain. Celui-ci est représenté loin du sanctuaire, le cœur touché et plein d'humilité; il est convaincu du sentiment de son indignité, sa bouche n'ose pas s'ouvrir, mais son cœur murmure tout bas, ô Dieu! aye pitié d'un pécheur. Cet homme, ajoute le Sauveur, retourne chez lui plus justifié que l'autre.

Quoique la justice de cette décision frappe au premier coup-d'œil, il ne sera pas inutile d'examiner plus particulièrement les raisons sur lesquelles elle est fondée, non-seulement parce que cet examen doit mettre en évidence la droiture de ce jugement; mais encore parce que le sujet doit me conduire à des réflexions convenables à ce saint temps de carême.

Le pharisien appartenoit à une secte qui, dans le siècle de Jésus-Christ, par son austérité, ses aumônes publiques, et ses prétentions à la piété plus affichées que celles des autres, avoit graduellement usurpé du crédit et de la réputation parmi le peuple. Comme la foule est aisément surprise par les apparences, le caractère des pharisiens étoit parfaitement formé pour opérer de telles surprises. Si vous le regardiez extérieurement, il vous sembloit modelé sur le patron de la bonté et de la perfection; c'étoit une sainteté de vie peu commune, accompagnée d'une sévérité théâtrale dans les manières, de prodigalités fréquentes aux pauvres; beaucoup d'actes de religion, beaucoup d'application à l'observance de la loi, beaucoup d'abstinences, beaucoup de prières.

Il est pénible de suspecter de pareilles apparences; nous n'aurions pas osé le faire si notre Sauveur lui-même ne nous eût tracé en deux mots ce caractère, en nous disant, ce sont des sépulcres blanchis; ils sont magnifiques au dehors, l'art les a enrichis de tout ce qui peut attirer les regards; mais fouillez-les, vous les trouverez remplis de corruption, et de tout ce qui peut choquer et dégoûter les curieux. Cette affectation de piété, cette régularité extraordinaire peuvent en imposer; mais au-dedans tout est irrégulier; ces prétentions qui semblent promettre quelque chose, sont ternies par un penchant secret aux passions les plus viles, l'orgueil de la spiritualité, le pire des orgueils, l'hypocrisie, l'amour-propre, l'avarice, l'extorsion, la cruauté, la vengeance. Quelle pitié! que le nom sacré de la religion soit emprunté pour couvrir une telle série de vices, et que le visage charmant de la vertu soit ainsi défiguré, qu'il soit suspecté, parce que des méchans adroits s'en sont quelquefois parés. Le pharisien n'avoit aucun de ces scrupules; la prière qu'il fit au temple nous peint l'homme; elle montre avec quelles dispositions il alloit adorer au temple.

«Grand Dieu je te remercie de ce que tu m'as formé d'une autre argile que les gens de mon espèce. Tu les as créés fragiles et vains, et ils deviennent par choix corrompus, et méchans.

»Moi! tu m'as formé sur un modèle bien différent, et tu as infusé en moi une partie de ton esprit. Vois, je suis élevé au-dessus des tentations et des désirs auxquels la chair est sujette. Je te remercie de m'avoir fait tel, et de ce que je ne suis pas un vaisseau frêle de terre, comme les autres, comme ce publicain; mais un vase d'élection que tu as sanctifié.»

Après cette paraphrase de la prière du pharisien, vous me demanderez peut-être quelle raison il avoit de sonner si haut son triomphe, et d'insulter aux infirmités du genre humain, et à celles de l'humble publicain prosterné derrière lui? Quelle raison? vous auroit-il répondu, je donne la dîme de tout ce que je possède.

Ah! s'il n'avoit que cela à offrir au Seigneur, c'étoit une foible base à tant d'orgueil et d'amour-propre. L'observation d'une loi matérielle compâtit assez avec le déréglement des mœurs.