On pourroit pousser plus loin la comparaison, mais ce que nous avons dit suffit pour montrer combien les méprises sont illusoires et dangereuses; combien elles sont propres à égarer et à renverser des esprits foibles, toujours prompts à se laisser surprendre à la pompe facile des cérémonies. Cela est si évident que dans notre église même, dont la sobriété en cette partie est connue, et qui n'en a conservé que ce qui sert à exciter et à entretenir nos adorations, on remarque un tel penchant vers la religion sensuelle, et une foiblesse si grande pour les cérémonies dans le commun du peuple surtout, que chaque jour mille prennent l'ombre pour la substance, et changeroient volontiers la réalité pour l'apparence.

Tels étoient les abus de l'église juive, faute de savoir distinguer les moyens de la religion même; la partie physique et cérémonielle avoit enfin dévoré la morale, et n'en avoit laissé que le squelette. Les bouffonneries de la superstition viendront un jour à bout de ruiner le christianisme même.

Que me reste-t-il à vous dire? Rectifiez, mes frères, ces méprises grossières et ridicules, et placez la religion sur sa véritable base, en la ramenant vers cette raison primitive qui nous dicta ses premières obligations. Souvenez-vous que Dieu est un esprit, et qu'il lui faut un culte conforme à sa nature: Adorez-le en esprit et en vérité; le plus parfait sacrifice que vous puissiez lui offrir est celui d'un cœur droit et humilié, quoiqu'il soit nécessaire d'observer les cérémonies de la religion, il ne faut pas comme le Pharisien en rester-là et en omettre les devoirs essentiels, mais se rappeler toujours que les pratiques instrumentales auxquelles nous sommes obligés ne sont qu'un pur mécanisme, qui nous conduit au grand but de la religion, celui de purifier nos cœurs, conquérir nos passions, et nous rendre en un mot meilleurs chrétiens et meilleurs citoyens. Ainsi soit-il.

LA PHILANTHROPIE
RECOMMANDÉE.

SERMON VIII.

«Lequel des trois, selon vous, est le prochain de celui qui est tombé entre les mains des voleurs? Et il répondit, celui qui a eu pitié de lui. Alors Jésus-Christ lui dit: allez, et faites comme lui.» St. Luc, 36 et 37.

L'évangéliste nous raconte dans les derniers versets de ce chapitre, qu'un homme de loi vint, et tenta Jésus en lui disant: maître, que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle? Notre Sauveur (c'étoit son usage quand on lui proposoit quelque question captieuse, qu'il sentoit procéder plutôt du désir de l'embarrasser que de celui de s'instruire) notre Sauveur, dis-je, au lieu de lui répondre directement, ce qui eût donné prise à la malice, ou tout au moins eût satisfait une impertinente curiosité, rétorqua immédiatement la question sur celui qui la faisoit, et le mit dans la nécessité de se répondre à lui-même. La profession de cet homme, et la science qu'elle faisoit supposer, ne pouvoient faire penser qu'il ignorât la réponse qu'il sollicitoit. Tout ce qu'il étoit possible de dire sur cette matière importante avoit été promulgué par le grand législateur, et Jésus rappelle à sa mémoire ce qu'il avoit appris dans le cours de ses études: Ce qui est écrit dans la loi, l'avez-vous lu? A cette demande, l'homme de loi cita les principaux chefs des commandemens, tels qu'ils sont dans le Lévitique et le Deutéronome, et nommément celui-ci: Vous adorerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, et aimerez votre prochain comme vous-même.

Notre Seigneur lui dit alors qu'il avoit fort bien répondu, et que s'il suivoit cette maxime, il ne manqueroit pas d'hériter un jour les bénédictions qu'il désiroit. Faites cela, et vous vivrez.

C'est ainsi qu'il se justifia; mais l'homme de loi voulant gagner plus de crédit dans cette conférence, ou espérant peut-être entendre une définition du mot prochain, qui pût justifier ses principes, les oppressions dont il étoit coupable, et celles dont son ordre étoit accusé, dit à Jésus: qui est mon prochain? Quoique cette demande au premier coup d'œil paroisse oiseuse, elle ne l'est pas en effet. Car selon que ce terme est interprêté dans un sens plus ou moins restreint, il produit diverses variétés dans nos obligations envers les autres. Notre Sauveur, pour rectifier toutes les méprises, et placer le devoir de l'amour du prochain dans un système de philantropie universelle, répondit à cette question, non point avec les sophismes recherchés de l'école rabinique, qui eussent plutôt interdit que convaincu l'homme de loi; mais il en appela directement à la nature humaine, dans une parabole où il représenta un homme tombé parmi des voleurs, et réduit par eux à la dernière détresse, jusqu'à ce que par hasard un Samaritain, un étranger passant auprès de lui, touché de compassion, et plein de bonté, non-seulement le secourût présentement, mais le prît sous sa protection, et pourvût à sa sûreté.

En finissant ce récit Jésus-Christ s'adressant au propre cœur de cet homme: lequel des trois selon vous est le prochain de ce malheureux voyageur? Et au lieu de tirer lui-même la conséquence, il la laissa à cet homme, après l'avoir fondée sur les principes évidens de la pitié? L'homme de loi, frappé de la vérité et de la justice de cette doctrine, fit l'aveu de sa conviction, et notre Sauveur finit le débat en l'avertissant de pratiquer ce qu'il avoit approuvé, et d'imiter le bel exemple de bienveillance universelle qu'il venoit de lui donner.