SERMON IX.
«Il espéroit aussi que Paul lui donneroit de l'argent pour le mettre en liberté.» Actes des Apôt. XXIV. 26.
De l'argent! le noble projet pour captiver l'attention d'un gouverneur romain!
Il espéroit recevoir de l'argent! Et pourquoi? pour juger entre le juste et l'injuste? Et de qui? d'un misérable disciple du fils d'un charpentier, qui n'avoit laissé à ses sectateurs que la pauvreté et les souffrances?
Est-ce là le Félix? le noble, le grand Félix? l'heureux Félix? le galant Félix qui enrichissoit Drusilla? pouvoit-il?… Passion vile! que ne peux-tu pas nous suggérer?
Jetons un regard sur cette histoire.
Paul avoit été accusé par Tertullus devant Félix de plusieurs crimes très-graves, d'être un séducteur et profanateur du temple. Ayant eu de Félix la permission de répondre à ces accusations, l'apôtre plaida sa cause à son tribunal. Il montra d'abord que les allégations étoient destituées de preuves, et il défia Tertullus d'en fournir. Il dit que bien loin d'être ce que son ennemi avançoit, les principes de sa religion dont on lui faisoit un crime, et qu'on traitoit d'hérétiques, étoient parfaitement opposés aux vices dont on le chargeoit, qu'ils exigeoient du chrétien un exercice continuel de la vertu, et l'ame toujours pure d'offenses tant envers Dieu qu'envers les hommes; qu'en conséquence, ses adversaires ne l'avoient jamais trouvé disputant dans le temple, et soulevant le peuple soit dans la Sinagogue, soit dans la Cité. «J'en appelle à vous-même, continuoit-il, il y a douze jours que je suis venu à Jérusalem pour adorer; je me suis purifié dans le temple pendant ce temps, et je l'ai fait comme il convient à mon caractère, sans bruit et sans tumulte.»
Il appela alors les Juifs qui venoient d'Asa, et les produisit comme des témoins de sa conduite; pleinement convaincu de son innocence, il pressa en un mot ses adversaires devant Félix d'une manière si forte, qu'il ne leur laissa aucune réplique à faire.
Ah, Paul! il te restoit encore un ennemi dans ce tribunal, il se taisoit, mais il n'étoit pas satisfait. Epargne ton éloquence, Tertullus roule le cahier de ta plainte. Il s'élève un orateur plus pathétique que toi: c'est l'avarice, elle prend possession de la place la plus dangereuse pour le prisonnier; elle entre dans le cœur de celui qui va le juger.
Si Félix convaincu de l'innocence de Paul va agir conséquemment, et le relâcher, l'avarice cet avocat subtil lui dit qu'il perd un des profits de son emploi, et s'il embrasse la foi du Christ, que Paul a développée dans sa défense, il lui ajoute qu'il perdra l'emploi même. En vain donc la conduite de l'apôtre lui paroît-elle sans tache, en vain son cœur consent-il à suivre l'impulsion d'une croyance à laquelle il s'étoit ouvert; dans le même moment, ses passions se révoltent, il se forme dans son ame un parti si fort contre les premières impressions en faveur de l'apôtre et de sa cause, que l'un et l'autre sont abandonnés.