Je ne sais comment cela se fait; mais je suis à moitié pris d'amour pour vous… Je devrois l'être tout-à-fait; car je n'ai jamais vu dans personne plus de qualités estimables, ni estimé ni connu de femme dont on pût mieux penser que de vous. Ainsi, adieu,
Votre fidelle et affectionné serviteur,
L. Sterne.
LETTRE II.
Je ne saurois être en repos, Eliza, quoique j'irai vous voir à midi, jusqu'à ce que je sache des nouvelles de votre santé… Puisse ton visage chéri, à ton lever, sourire comme le soleil de ce matin sur l'horizon!… Je fus hier bien alarmé, bien triste d'apprendre votre indisposition, et bien trompé dans mon attente de ne pouvoir être introduit auprès de vous… Rappelez-vous, chère Eliza, qu'un ami a le même droit qu'un médecin. L'étiquette de la ville, me direz-vous, en ordonne autrement… Et qu'importe? La délicatesse et la décence ne consistent pas toujours à observer ses froides maximes.
Je sors pour aller déjeûner; à onze heures je serai de retour, et j'espère trouver une seule ligne de ta main, qui m'apprendra que tu es mieux, et que tu seras bien aise de voir
Ton Bramine.
A neuf heures.
LETTRE III.
Eliza, j'ai reçu ta dernière hier au soir, en revenant de chez le lord Bathurst, où j'ai dîné, où j'ai parlé de toi pendant une heure sans interruption: le bon vieux lord m'écoutoit avec tant de plaisir, qu'il a, trois différentes fois, tosté votre santé. Quoiqu'il soit dans sa quatre-vingt-cinquième année, il dit qu'il espère de vivre encore assez de temps pour devenir l'ami de ma belle disciple indienne, et la voir éclipser en richesses toutes les autres femmes du Nabab, autant qu'elle les surpasse déjà en beauté, et ce qui vaut mieux, en vrai mérite… Je l'espère aussi…