Examinez quelques systèmes religieux, et vous verrez qu'on peut les définir des moyens fiscaux bien faits pour opérer sur l'esprit et les passions des hommes pendant que leur bourse est vidée; ils servent parfaitement les vues de Félix dans son amour de l'argent et du pouvoir; voilà d'où s'élève le nuage qui s'étend et couvre l'entendement humain.
Si cette raison est concluante à l'égard de ceux qui diffèrent de croyance avec nous, elle peut l'être encore pour ceux qui n'ont aucune croyance, ou plutôt qui affectent de ridiculiser la religion des autres. Grâce au bon sens et à une instruction plus saine, cette manie passe et descend se placer dans la classe inférieure des hommes, où elle restera; quant à la plus basse classe, quoique le peuple soit toujours prêt à suivre la mode, il ne se laissera pas frapper par celle-ci, il ne rira jamais de ce qui fait sa consolation; la pauvreté et la misère le défendront du désespoir d'un sort meilleur.
Pourquoi donc ce système sacré qui tient le monde dans l'harmonie et la paix, est-il le premier objet que l'homme inconsidéré choisisse pour en faire l'objet de sa raillerie? Cependant dans le nombre de ceux qui raillent ainsi, croyez-vous qu'il y en ait un sur mille que la conviction, la logique, la raison, des recherches sobres dans l'antiquité, et le mérite véritable de la question, aient fournis de ces plaisanteries irréligieuses. Non, leur vie va vous expliquer leur manie.
La religion qui ordonne tant de privations est une fâcheuse compagne pour ceux qui ne veulent pas se contraindre, et l'on observe communément que ces petits sophismes rassemblés par les hommes contre la religion dans leur jeunesse, quelqu'importans qu'ils paroissent à travers les passions et les préjugés qui les colorent, finissent cependant, quand le tranchant de leurs appétits est émoussé et que la chaleur de leurs désirs se réfroidit, par les rendre à la raison et au bon sens. Ces deux amis des hommes ont bientôt ensuite ramené ces brebis égarées dans leur bercail. Ainsi soit-il.
LES ABUS
DE
LA CONSCIENCE[1].
[1] Ce Sermon est déjà imprimé dans le Tristram Shandy, ouvrage moral, plus lu que compris; il a semblé meilleur à quelques-uns, entouré de folies; mais d'autres l'aiment mieux tel qu'il a été prêché, sans les coupures et les fréquentes interruptions de l'oncle Tobie et de l'accoucheur Slop.
Ce Sermon risque d'être lu par de graves personnages en sûreté de conscience. Tout ce que l'auteur désire, c'est que ceci ne soit pas un des abus qu'il va censurer.
SERMON X.
«Car nous sommes persuadés d'avoir une bonne conscience.» Saint-Paul aux Hébreux, chap. 13. v. 18.
Nous sommes persuadés… nous sommes convaincus d'avoir une bonne conscience?… Assurément, me direz-vous, s'il y a quelque chose dans la vie sur laquelle un homme doive compter, et qu'il puisse connoître d'une manière bien évidente, c'est de savoir si sa conscience est bonne ou non.