Avez-vous jamais été couché languissant sur un lit de douleur, et accablé d'une maladie qui menaçât votre vie? rappelez-vous vos réflexions mélancoliques, et dites: qu'est-ce qui rend si amère la pensée de la mort? les enfans que vous laissez; c'est en quoi consiste l'amertume du calice: sans secours que deviendront-ils? où trouveront-ils un ami quand je ne serai plus? qui les défendra et plaidera leur cause contre la méchanceté? Grand Dieu! je te les confie, à toi le père des orphelins, à toi l'époux des veuves affligées.
Avez-vous jamais éprouvé quelques revers dans votre fortune? la pauvreté vous a-t-elle enseveli dans la détresse; vous a-t-elle réduit au désespoir? quel est celui qui tout-à-coup a mis la table à côté de vous, et qui a rempli et fait verser votre coupe. C'est un ami consolateur; il est entré, vous a vu désolé au milieu des tendres gages de votre amour et de votre épouse affligée; c'est lui qui les a pris sous sa protection. Ciel tu l'en récompenseras!… c'est lui qui vous a délivré des appréhensions effrayantes de l'amour paternel.
Avez-vous jamais été blessé d'une manière plus affligeante encore par la perte de cet ami généreux? avez-vous été séparé des embrassemens d'un fils chéri, par la faux de la mort? cruel souvenir! la nature défaillit; eh bien un enfant né sous de fâcheux auspices, sans pain, sans amis, sans vêtement, privé d'instructions et des moyens de salut, est un objet encore plus attendrissant, il éveille toutes les facultés de l'homme, il nous présente… Mais pourquoi parlerois-je encore? les larmes brillent dans vos yeux. Que le Dieu du ciel les bénisse. Ainsi soit-il.
CONSIDÉRATION
SUR LES GRACES ACCORDÉES
A LA NATION.
SERMON POUR L'INAUGURATION DU ROI.
SERMON XIV.
«Et lorsque ton fils te demandera un jour, que signifient ces témoignages, ces cérémonies, les jugemens que le seigneur notre Dieu vous a commandés? tu diras à ton fils: nous étions les esclaves de Pharaon dans l'Egypte, et la main toute-puissante du Seigneur nous en retire.» Deuteron. VI.
Ce sont les paroles que Moise prescrit aux enfants d'Israël de laisser à leurs enfans, qui devoient un jour oublier les grâces infinies que Dieu avoit répandues sur leurs pères. Une de ces grâces étoit leur délivrance de l'esclavage.
Quoique chaque père fût instruit à faire cette réponse à son fils, on ne peut pas supposer que cette instruction fût nécessaire pour la première génération, pour les enfans de ceux qui avoient été les témoins oculaires des faveurs de la providence. Il ne paroît pas en effet probable qu'arrivés à l'âge de raison, ils pussent faire une pareille question, sans avoir été long-temps auparavant instruits à y répondre. Chaque père avoit sûrement raconté les infortunes de sa captivité, et les particularités miraculeuses de sa délivrance. Ces anecdotes étoient si extraordinaires, leur récit étoit susceptible d'un tel degré d'enthousiasme, qu'elles ne pouvoient pas rester secrètes. La piété, la reconnoissance d'une génération anticipoient sur la curiosité d'une autre. Ils apprenoient cette histoire en apprenant leur langue.
Telle fut la condition de la première et seconde races; mais dans le cours des ans les choses changèrent insensiblement, une longue et paisible jouissance de leurs libertés put émousser le sentiment des bienfaits de Dieu, et en placer le souvenir à une trop grande distance de leur cœur. Après quelques années écoulées dans les plaisirs et la privation des peines réelles, un excès de liberté put les dégager du soin de s'en donner d'imaginaires, et surtout de celle que les devoirs de la religion imposent. Ils purent chercher des occasions à fouiller dans les fondemens de ses loix, et à s'enquérir de la cause de tant de cérémonies.