Béni soit, Elisabeth, ton nom à jamais; tu as établi un serment plus facile pour les Bretons que pour les autres peuples de la terre; quelques changemens que ces peuples ayent éprouvés, il n'en est point arrivé dans leurs misères, et il est à craindre qu'il n'en arrive point, tant qu'ils seront étroitement serrés dans les chaînes de la superstition et dans celles du pouvoir.

Par quelle Providence nous échappâmes à ces deux maux naturellement liés ensemble dans le règne suivant, lorsqu'un sang choisi fut demandé, et qu'on se préparoit à l'offrir dans un seul sacrifice!

Je n'entremêlerois pas ici les horreurs de cette fête lugubre; je ne compterois pas les douleurs du règne qui leur succéda, et qui finit par la subversion de notre constitution; s'il n'étoit pas nécessaire de poursuivre le fil de notre délivrance à travers les temps horribles, et de faire remarquer la bonté de la Providence qui nous protégea contre la fureur d'un projet, et nous restaura contre l'injustice de l'autre.

Oui, le dernier eût été pour nous un triste sujet de souvenir, s'il ne fût pas devenu un objet de bénédiction ensuite, par l'événement qui nous rendit nos libertés. Soit que Dieu voulût corriger le sens mal entendu de ses bénédictions antérieures, soit qu'il voulût nous apprendre à réfléchir sur leurs privations, il souffrit que nous approchassions du bord du précipice; là tout étoit perdu s'il n'avoit suscité un rédempteur. Les artifices de la société nous auroient doucement fait glisser dedans, ou si elle avoit manqué son coup, la force étoit prête à nous y pousser, et c'en étoit fait de nous.

Cette délivrance eut des suites si heureuses qu'il semble que Dieu avoit troublé nos eaux, comme celles de Bethesda, pour les rendre ensuite plus saines; depuis cette époque à jamais mémorable nous jouissons de tout ce qui appartient à l'homme. Notre liberté, notre religion fleurissent, les droits des rois, ceux du peuple sont appréciés, et nous en voyons la durée dans les siècles à venir; voilà l'objet des remercîmens que nous faisons aujourd'hui à Dieu.

Rendons-lui des actions de grâce, mes frères, d'une manière qui convienne à des hommes sages; répondons à l'intention constante de ses bénédictions, et faisons-en un meilleur usage que nos pères, qui se lassèrent souvent de leur bonheur. Remercions Dieu de la contrée qu'il nous a donnée, et lorsque notre prospérité s'y accroit avec les établissemens dont nous la chargeons, quand nos richesses et nos familles se multiplient à l'envi, que nos actes de vertu et de reconnoissance se multiplient aussi, que le Dieu puissant, dont les voies sont droites, et les ouvrages saints, puisse le jour qu'il comptera avec nous, juger dignement des bénédictions qu'il nous a prodiguées.

C'est en vain que des jours solennels sont établis pour célébrer des événemens heureux, s'ils n'influent pas sur la morale de la nation. Un peuple pécheur ne peut être reconnoissant envers Dieu, il ne peut être loyal envers son prince. Il doit être ingrat envers l'un, parce qu'il ne vit pas dans la mémoire de ses bienfaits; il trahit l'autre, parce qu'il détourne la Providence de prendre son parti, et de le conduire au but de la royauté.

Oui, l'on a dit avec raison que le péché est une trahison contre l'ame; l'homme méchant est un traître envers son roi et son pays. Quelques causes que les politiques assignent au progrès et à la chute des empires, un homme bon et religieux sera toujours le meilleur citoyen, et le sujet le plus soumis; un individu a beau me dire, qu'importe ma droiture au bonheur de ma nation? Je lui répondrai toujours si elle ne sert pas à vous faire bénir ici, elle accumulera ses bénédictions dans le trésor de l'autre monde. Ainsi soit-il.

LE CARACTÈRE D'HÉRODE.

Sermon prêché le jour des Innocens.