Ces vierges sages, dont, à partir du berceau, un aliment restreint atrophia les organes, assument travaux responsabilités, défense et maintien de l'ordre public.

Les cirières, aux chatons des sapins, aux bourgeons des peupliers, des bouleaux, des trembles et surtout des marronniers, demandent le propolis, la forte résine convenable aux gros ouvrages, aux murs de soutènement, aux assises du rucher. Elles trouvent la cire dans les menues fleurs dont le nectaire comble de miel une autre catégorie d'ouvrières. Elles recueillent aussi le «pain des abeilles» sur les houppes dont leurs jambes sont pourvues et, dans leur vol fécondant, insèrent au pistil des fleurs femelles quelque chose de la poussière mâle tombée des étamines.

Elles fomentent les noces du jardin.

Quand elles sont approvisionnées de liquide sucré et qu'elles ont garni leur jabot avec la miellée prise dans les corolles, bien vite elles regagnent leur domaine pour dégorger la précieuse substance dans les alvéoles déjà préparées par les cirières.

Mais ce n'est pas uniquement le suc des fleurs qu'elles élaborent ainsi. Elle ajoutent au précieux liquide leur acide formique; ce liquide puissant donne au miel, dont il neutralise les ferments, quelque chose de son âpre vertu et ce goût fauve, cette «odeur de mouche» appréciée par tous les connaisseurs.

L'abondance de nourriture et l'ampleur du dortoir, où l'insecte, d'abord à l'état de larve, broute la miellée en attendant la métamorphose suprême, dort son sommeil de chrysalide, suffit pour lui conférer les stigmates de l'héritier présomptif, du prétendant à la royauté.

Les ouvrières ont des cellules plus étroites, une provende moins généreuse, une bouillie de sevrage d'où le miel est à peu près absent.

Elles pondent quelquefois; c'est la parthénogenèse, la parturition virginale révélée, peu de temps après Huber, par le curé silésien Dzierzon de Carlsmark.

Ainsi, chez les abeilles, androgynes au début, la dépense de bouche, déterminant le sexe, établit la fonction.

Les trompes des trois sortes d'abeilles, par leur forme et leur dispositif, suffiraient à expliquer leur vie. Atrophiée ou presque, chez la Reine gorgée, dès avant sa naissance, de la pâtée royale, du savoureux mélange fait de pollen et de miel, on la voit se développer chez les mâles qui, dans leurs loisirs, butinent çà et là, font en amateurs des incursions à travers les prés et les jardins fleuris. Quand ils ont assez de leur couvert habituel, quand les prend un désir de vagabondage et de prétentaine, ils sont pourvus d'un outil qui leur permet de manger à même le nectaire des sainfoins ou des pommiers.