Parmi les écrivains purement adonnés à la belle gastronomie, inscrivons Berchoux qui rima la Gastronomie sur les patrons de l’abbé Delille, Brillat-Savarin, à qui l’on doit cette heureuse version de la maxime de Vauvenargues : « Les grandes pensées viennent de l’estomac », Horace Raisson de qui le Code Gourmand exhale, peut-on dire, un fumet exquis de salle à manger sous la Restauration, au beau temps du rocher de Cancale et des Frères provençaux, enfin Charles Monselet qui dota les lettres françaises du Cochon[2], incomparable sonnet pour lequel je donnerais tout Pétrarque et pas mal d’autres rimes par surcroît.
[2] LE COCHON
Car en toi tout est bon : chair, gresse, muscle, tripe.
On t’aime, galantine, on t’adore, boudin !
Ton pied — dont une sainte a consacré le type —
Empruntant son arome au sol périgourdin,
Eût réconcilié Socrate avec Xantippe.
Ton filet qu’embellit le cornichon badin,
Forme le déjeuner de l’humble citadin
Et tu passes avec l’oie au Frère Philippe.