—Mon maître, me répondit-il, n’en buvait presque jamais. Le matin du jour où il mourut, cependant, il me pria de lui en apporter un flacon. Il était assis, là, où vous êtes, et...
Il se tut pendant quelques secondes.
—Le drôle d’homme! soupira-t-il.
Je sentis que je n’allais par tarder à recevoir ses confidences et à connaître un peu le mystérieux défunt.
—Tenez, monsieur, reprit-il, je veux vous montrer encore quelque chose. Ce ne sont que des papiers, mais je suis sûr qu’ils vous intéresseront. J’ai un petit ouvrage à terminer et ces pages inachevées vous renseigneront mieux que je ne le ferais moi-même.
Il tira un cahier d’une commode sûrement signée Riesener, et il le posa sur le plateau d’une table qui n’était qu’un éblouissant semis de marqueterie. Il approcha ma coupe et la bouteille pleine encore aux trois quarts, et il m’offrit un cigare hollandais qui se serait effrité si je l’avais serré entre mes doigts, tant il était sec de vieillesse.
—Je vous laisse, me dit-il en refermant la porte. Vous en avez pour un moment, mais avec ce manuscrit, cette bouteille et ce cigare, vous ne vous ennuierez peut-être pas complètement.
Autrefois, de belles chambrières offraient ici des boissons froides. Il y en avait une surtout...
Une petite flamme dansa, me sembla-t-il, dans son œil d’étain. Je me versai un autre verre de vin, j’allumai le cigare et je me mis à dévorer les pages qu’on va lire. Je leur donne un titre qu’elles n’avaient pas dans le cahier, et je n’ajoute à ces curieux fragments que cette ligne de mon encre...