Il n’y avait pas de domestiques mâles à la Tremblée, Jean vivait à Paris avec mon père, et, en été, elle allait se baigner dans le bassin. Je sais que je la vis un jour, à
midi, alors qu’elle en sortait, ruisselante et criblée de soleil, presque surnaturelle dans sa formidable nudité, avec ses grands cheveux roux mouillés et retombant en mèches massives sur ses épaules de marbre.
Elle me prit entre ses larges bras et m’emporta en courant, le visage serré contre sa poitrine de déesse ou de phénomène de foire.
Etrange famille qui va finir avec moi!
Ma mère était une mince et délicate jeune femme, toujours malade, et mon grand-père d’Herbaupair était un petit homme falot et chétif, qui n’avait eu dans sa vie qu’une passion: celle des antiquités.
C’est lui qui rassembla tout ce que la pluie, l’humidité et plus de trente ans d’abandon détruisirent à la Tremblée.
Je l’aperçus une seule fois et il ne prit point garde à moi. Il ne s’intéressait qu’aux enfants peints par Boilly.