Il portait un costume assez bizarre et il jouait perpétuellement avec une grosse loupe dont j’avais bien envie...
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J’ai déniché derrière une porte une peinture qui représente une vue ocreuse de Rome.
Devant cette vision noble et glorieuse, cette terre fauve que ne déshonorent aucun pâturage, aucun bétail à l’engrais, devant les arcs ruinés et les aqueducs écroulés, je songe à l’épouvantable ennui que m’infligeait tout ce qui touchait à Rome, au temps où j’achevais mes classes, au collège.
Les vertus civiques et militaires de ses grands hommes, leurs mots historiques, leurs pompeuses attitudes me glaçaient. Je tenais les Romains pour un peuple de bavards, de faiseurs de routes et de lois, et Auguste me semblait le personnage le plus ridicule et le plus pompier de l’Histoire. Combien me plaisait davantage ce que j’appelais l’opposition orientale à la République et à l’Empire!
J’aimais les princes efféminés qu’allait vaincre facilement quelque militaire de carrière, aux joues et aux lèvres bleuies par le rasoir; les princesses étranges qui regrettaient Ecbatane ou Césarée, la Bactriane et la Cappadoce, dans la ville capitale; ces belles barbares qui troublaient les césars et les proconsuls avec leur teint de fellahines et leurs parfums inconnus. Mais j’étais naturellement un mauvais élève, puisque je n’admirais pas ces juges de paix, ces agents voyers et ces briscards coloniaux...
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Je voudrais connaître mes nouveaux compagnons, les arbres qui m’entourent, et je ne sais le nom d’aucun.
D’ailleurs, ils ont poussé si drus, si mêlés les uns aux autres qu’ils ne forment plus qu’une foule végétale.
Je veux tout de même me familiariser avec eux...