Les livres aux couvertures claires étaient vert-de-grisés comme des cuivres, les vélins ivoirins et roides étaient cariés comme des dents, les petits poètes du XVIIIᵉ siècle avaient des reliures éraflées et griffées ainsi que des souliers légers égratignés par les ronces.
Je remis moi-même le livre creux à sa place, sur la planchette vermoulue, et je feuilletai un album plein de pensées, de mauvais vers et de fleurs sèches qui avait dû appartenir à quelque ancienne jeune fille.
—On a tout laissé périr, monsieur, reprit mon guide. Je dois vous dire cependant que ce n’est pas mon maître qui est responsable; il a trouvé presque toute la maison dans cet état. Il y en avait sans doute pour beaucoup d’argent. Je lui ai entendu conter qu’un de ses parents, M. d’Herbaupair, avait eu la manie des collections, mais vous allez voir ce que sont devenus ces trésors.
Les tableaux étaient dans un cabinet où il a plu pendant trente ans, et ils sont pareils aux livres... Si vous désirez les voir?...
Je le suivis dans une autre salle.
Il ouvrit les volets avec quelque difficulté.
Des cadres, dont la dorure était devenue noire, ne montraient que des peintures effacées.
Les vagues choses qui restaient encore étaient bien faites pour donner des regrets éternels à un homme épris de tableaux anciens.
Ce pan de ciel bleu-vert, au coin d’une baguette, ne pouvait avoir été peint que par Guardi, au-dessus des vieux palais qu’il aimait et que doublait l’eau d’un canal italien. Je vis le pied d’un verre dont le cristal n’avait pu être poli que par Chardin; et il y avait eu là des toiles inconnues de Watteau, de Fragonard, de Largillière, de Boilly, de David, des pastels de La Tour, des sanguines et des dessins de Claude Lorrain et de Poussin.