—A combien, monsieur, estimez-vous ce que contenaient ces cadres inutiles? me demanda le serviteur.

Effaré, je haussai les épaules.

—Je ne sais pas exactement, balbutiai-je, à plus d’un million, certainement.

Du bout de ses doigts maigres, il se gratta la tête sous le bonnet de Scapin, et ses lèvres sèches esquissèrent une grimace.

—Vous savez sans doute, reprit-il, que M. Olivier Camors m’a donné tout ce qu’il possédait. L’argent?... mon Dieu, il n’était plus très riche... peut-être trois mille francs de rente, ce qui, par les temps que nous traversons... mais il y a une seule pièce intacte dans cette maison qui tombe en ruine, et je veux avoir votre avis, parce que je crois que ce qu’elle renferme vaut plus que tout le reste. Voulez-vous m’accompagner?...

Je n’avais jamais vu de plus beaux meubles du XVIIIᵉ siècle que ceux qui ornaient la chambre où il me fit entrer.

Des tapisseries, dont les rouges étaient devenus groseille clair, s’encadraient dans des panneaux de bois liserés de vert tendre, et sur la cheminée de marbre, une pendule d’écaille et deux flambeaux d’argent se reflétaient dans l’eau morte d’une glace, dont le trumeau était assurément de Boucher.

Le lit, les fauteuils et les chaises à médaillons, les pâtes tendres qu’on avait peut-être fabriquées pour la reine, les soies et les étoffes merveilleuses, tout formait un ensemble sans une seule tache, d’une harmonie et d’une pureté uniques.

—Vous êtes riche avec ceci, dis-je au vieillard qui me regardait avec inquiétude.

—Oui, c’est ce que j’ai entendu dire par mon maître, mais je ne savais pas très bien... Pourriez-vous m’aider, me donner l’adresse d’un antiquaire sérieux et me dire à peu près ce que vaut tout cela?