III
L’Aumône à Humilis.

Cézanne allait à la première messe, le dimanche. Il mettait ce jour-là une jaquette, une cravate plus fraîche, une chemise blanche et un de ces chapeaux hauts de forme, d’un feutre mat, qu’on appelait alors des Cronstadt.

Il allait à l’église, comme un vieux provençal qui habite une antique petite ville où il est d’usage d’accomplir ses devoirs religieux, mais, au fond, et bien que croyant, il n’était inquiet que de son art et il avait une métaphysique d’artiste.

Je le regardais à la dérobée, assis sur sa chaise de bois blanc et de paille, semblable à un paysan endimanché, et plus de vingt ans après, il me plaît d’imaginer la prière qu’il disait, sans remuer les lèvres:

—«Seigneur, que votre volonté soit faite et non la mienne.

—Si vous l’aviez voulu, au lieu d’être là, avec ces servantes et ces petits bourgeois matinaux qui sont couchés le soir à neuf heures, j’aurais sans doute un atelier du côté de Vernon ou de Marlotte et M. Mirbeau viendrait y manger quelquefois la poule au pot, et il me prêterait son appui.

—Il me semble que je suis un homme de bonne volonté, et, malgré ma lassitude, je lutte chaque jour avec l’ange, comme Jacob.

—J’affectionne le chapitre de la Genèse où est relaté ce combat: «Or, Jacob, étant demeuré seul, un homme lutta avec lui jusqu’à ce que l’aube du jour fut levée...