Et cet homme lui dit: Laisse-moi, car l’aube du jour est levée. Mais il dit: Je ne te laisserai point que tu ne m’aies béni...»

—L’ange que vous m’avez envoyé est plus terrible que cet agresseur nocturne, c’est cette sacrée nom de Dieu de peinture[A] qui me tourmente dès le petit jour. Il est difficile de comprendre et de s’exprimer, mais je me bats dans l’ombre et l’ange finira bien par me bénir, car je crois que je suis peintre et que j’ai le sens de la composition et des volumes.

—Vous savez avec quelle ferveur je regarde les choses que vous avez faites: les pommes, les branches pleines d’air bleu, une puissante roche qui semble à genoux dans l’herbe du soir, une colline à travers les aiguilles des pins, tout ce que j’essaye de ne pas déshonorer.

—Aucun homme n’aura regardé la nature avec tant de patience, et j’aurais tout réalisé depuis longtemps, si s’exprimer lucidement en peinture n’était une tâche surhumaine.

—Vous avez eu moins de mal, mon Dieu, pour créer le pommier avec ses pommes, le serpent du Paradis et cette Ève redoutable et nue dans ses cheveux.

—Peindre les ciels, cela doit compter pour le salut d’une âme, et vous avez sauvé tous les bons peintres. Le père Corot avait coutume de dire: «Il est de la plus grande importance d’étudier les ciels, tout dépend de cette étude.»

—Cela a la force péremptoire d’un argument théologique.

—Travailler sur le motif est une occupation de saint, car c’est vous qu’on cherche derrière les choses.

—Seigneur, pour tous mes compatriotes, je ne suis qu’un rentier maniaque, de caractère difficile, et les mieux renseignés croient que je poursuis un rêve fantasque.

—Vous n’avez pas voulu que je demeure dans l’impressionnisme, vous m’avez fermé le salon de M. Bouguereau, et je ne connaîtrai jamais, comme tel ou tel que je ne nommerai pas, des admirations radicales-socialistes, car c’est là que sont allés mes vieux compagnons de départ.