«Hippolyte ou le Lion à la mode.»
J’avais trouvé dans le grenier quelques volumes, parmi des lettres, des faire-part, des factures et de vieilles photographies.
J’avais aussi découvert quelques exemplaires de la Revue Bleue, où je collaborais avant la guerre, et cela m’avait ému.
En les feuilletant, un soir pluvieux d’été, paisible et vert malgré l’épouvantable voisinage, je tombai sur une étude qui m’avait échappée en 1910 ou en 1912, je ne me souviens plus de la date exacte.
Les pages que je lus, assis sur mon sommier, étaient consacrées à Humilis.
Le poète Germain Nouveau, qui avait vécu à Paris, de la même vie que beaucoup d’écrivains, ayant dit adieu au boulevard, aux cafés littéraires et au siècle, était devenu une sorte de vagabond.
Mendiant en Provence, homme de peine à bord des bateaux qui se livrent au trafic le long des côtes méditerranéennes, il avait publié sous le nom d’Humilis un volume de vers dont on citait d’admirables fragments.
En voici quelques-uns, qui sont parmi les plus beaux que je connaisse:
«Aimez vos mains afin qu’un jour vos mains soient belles,
Il n’est pas de parfums trop précieux pour elles.
Soignez-les. Taillez bien les ongles douloureux,
Il n’est pas d’instruments trop délicats pour eux.
«C’est Dieu qui fit les mains fécondes en merveilles;
Elles ont pris leur neige aux lys des Séraphins,
Au jardin de la chair, ce sont deux fleurs pareilles,
Et le sang de la rose est sous leurs ongles fins.
«Il circule un printemps mystique dans les veines
Où court la violette, où le bluet sourit:
Aux lignes de la paume ont dormi les verveines:
Les mains disent aux yeux les secrets de l’esprit.
«Les peintres les plus grands furent amoureux d’elles,
Et les peintres des mains sont des peintres modèles...
«Ce sont vos mains qui font la caresse ici-bas
Croyez qu’elles sont sœurs et des lys et des ailes;
Ne les méprisez pas, ne les négligez pas
Et laissez-les fleurir comme des asphodèles...
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«Vieillard, dont les cheveux vont tout blancs vers le jour,
Jeune homme, aux yeux divins où se lève l’amour,
Douce femme mêlant ta rêverie aux anges,
Le cœur gonflé parfois au fond des soirs étranges,
Sans songer qu’en vos mains fleurit la volonté,
Tous vous dites: «Où donc est-il, en vérité,
Le remède, ô Seigneur, car nos maux sont extrêmes!»
—Mais il est dans vos mains, mais il est vos mains mêmes...»
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