J’ai beau chercher aujourd’hui. Je revois exactement cette scène, mais je ne me souviens plus du visage de l’homme auquel le vieux peintre fit l’aumône.
Je compris qu’il devait le redouter sourdement, et que c’était peut-être une façon de se concilier le vieux vagabond qu’il estimait probablement dangereux.
Le nom de Germain Nouveau ne me dit pas grand’chose ce matin-là. Je savais vaguement qu’un écrivain que Verlaine avait connu s’appelait ainsi, et je pensais que ce vieux bohème, après avoir fréquenté les estaminets littéraires de la rive gauche, avait sombré corps et biens, mais cela ne m’impressionna pas beaucoup.
Seulement, quinze ans plus tard, en lisant ses vers dans une revue, sous l’escalier d’une maison à peu près ruinée par l’artillerie, une grande émotion m’étreignit.
Je reparlerai de Germain Nouveau, mais n’était-ce pas ce matin de dimanche où je vis Paul Cézanne lui faire l’aumône, que le vagabond composa les vers uniques que je citais et qui semblent dictés par une muse qui aurait écouté Platon devant la mer de Sunium, et chanté des cantiques, dans une chartreuse d’Assise, un lys à ses doigts fuselés, parmi les cierges catholiques?...
IV
Le baron Cochin et Nina de Villars.
BORDS DE LA MARNE