NATURE MORTE

On a dit que Paul Cézanne était affligé d’une de ces insurmontables timidités qui rendent presque infirmes ceux qui en sont atteints.

Il m’a raconté, lui-même, qu’un jour, il peignait aux environs de Paris, lorsqu’un cavalier arrêta sa bête à quelques pas de son chevalet. Il essaya d’amorcer une conversation, et, fort intéressé par la toile qu’il voyait, il voulut faire parler le peintre, proposa une visite à son atelier et fut charmant de la façon la plus intelligente.

Il y perdit sa peine. Cézanne ne lui répondit que confusément. Le cavalier repartit en laissant sa carte.

Cézanne me dit:

«C’était le baron Cochin... il s’y connaissait en peinture, et j’ai eu tort de ne pas être aimable. J’aurais trouvé là un appui, moi qui étais déjà un faible... C’est effrayant, la vie!...»

André Salmon parle de cette rencontre au début du volume qu’il consacre à Cézanne.

Il me permettra de recopier ici ces pages charmantes: