... Un monde où l’action n’est pas la sœur du rêve...

le vieux poète voulait-il prouver que la réalisation d’un désir est toujours fade, et que son envie de fumer se changeait en dégoût, dès qu’il essayait de la satisfaire.

Il s’asseyait devant un amer-citron, qu’on lui apportait sans qu’il l’eut demandé; il attaquait une histoire, commentait l’événement du jour, et devenait plus jeune et plus gai que les jeunes gens qui l’entouraient.

Je l’écoutais en regardant ses yeux.

Dans le visage exactement rasé et si étrangement patiné qu’ils éclairaient, ils étaient vert-bleu ou bleu-vert, du vert pâle et du bleu clair que l’on obtiendrait si l’on pouvait fondre ensemble des opales et des émeraudes, un bleu indéfinissable, un vert unique, traversé d’un frisson de ciel et d’eau. Je n’en vis jamais de pareils, mais je suis sûr qu’au fond de la Hollande, quelques vieillards qui ont passé leur vie à contempler l’infini bleu du ciel, et le double infini bleu et vert des canaux et des prairies, doivent en avoir de semblables.

Je ne lui ai jamais parlé de Paul Cézanne à propos de Nina de Villars, car j’étais persuadé que le peintre n’avait plus osé sonner à cette porte qu’ouvrait une servante effrontée dont la crinière, lorsqu’elle la peignait avant de sourire aux Parnassiens, tombait «jusque-là», comme disait mon vieil ami en touchant mon pantalon rouge...

PAYSAGE