PAUL CÉZANNE en 1872

V
Claude Lantier et Mahoudeau.

Dans L’Œuvre, ce roman que les jeunes hommes de mon âge lurent avec dévotion parce qu’on y voyait un calvaire d’artiste, Émile Zola a voulu peindre Cézanne, et il a campé, à sa manière, la silhouette foudroyée de Claude Lantier.

Zola n’a rien compris à l’art cézannien. Ce romancier robuste, dont il serait fou de nier les dons, était un primaire colossal et il adorait les théories. Celles dans lesquelles on a emprisonné la technique de Paul Cézanne n’étant pas au point, à cette époque, il ne put s’intéresser à son vieil ami de jeunesse.

Il eut peut-être guerroyé pour lui, si un de ces esthéticiens qui savent discerner tout ce que la peinture doit à la géométrie et à la mathématique lui eut rapporté les conversations que Cézanne avait, rue Boulegon, avec un serrurier de ses voisins, M. Rougier.

«Cézanne souvent l’arrêtait en pleine rue, et il lui formulait alors à terrible voix des théories picturales. Les passants interloqués s’arrêtaient, attendant une dispute: «Tenez, monsieur Rougier, disait Cézanne, vous voyez cet homme-là, devant nous (il montrait un passant), eh bien! c’est un cylindre, ses bras ne comptent pas! Villars de Honnecourt, du reste, un ancêtre, a déjà, au XIIIᵉ siècle, enfermé des personnages dans ces armures géométriques!...» Et il continuait de crier...[C]»

Zola croyait à la science et à la peinture de M. Debat-Ponsan, dont il possédait une toile gigantesque et symbolique parmi le faux bric-à-brac que les antiquaires montmartrois lui refilaient, comme on dit en argot de brocanteur.