Il y parle de nos déjeuners du dimanche, rue Boulegon, et il y résume parfaitement les principales idées du maître sur la peinture. Mais, je le laisse parler lui-même:

—«En novembre 1901, j’arrive en garnison à Aix-en-Provence.

—Dès le premier jour, je me promets de faire la connaissance de Cézanne, dont les œuvres exposées alors rue Laffitte soulevaient l’hilarité des passants et faisaient l’objet de tant de discussions passionnées à l’atelier Gustave Moreau.

—Je ne connaissais pas son adresse, mais je ne doutais pas que le premier passant venu me l’indiquât.

—Après plusieurs démarches infructueuses, je commençais à désespérer. J’eus alors l’idée d’entrer dans la cathédrale, dont le bedeau m’indiqua aussitôt l’adresse des demoiselles Cézanne, les sœurs du peintre, qui étaient des dévotes très connues.

—Il était à peu près huit heures du soir lorsque j’arrivai 25, rue Boulegon, ne sachant comment j’allais me présenter au maître que je considérais comme le plus grand de son temps.

—Je sonne plusieurs fois, enfin, j’entends une fenêtre qui s’ouvre et, du deuxième étage, une voix demande: «Qui est là?»

—Je suis tellement intimidé que je ne réponds rien.

—J’attends encore. Un pas lourd se fait entendre derrière la porte, et voici Cézanne, à demi vêtu, qui vient m’ouvrir lui-même.

—Il était déjà couché et s’était levé pour moi!